Incendies au Portugal: la polémique enfle sur la «route de la mort»

Mille deux cents pompiers et 400 véhicules sont toujours mobilisés ce mardi contre cet incendie dans le centre du Portugal qui a coûté la vie à 64 personnes. Un incendie qui semblait sur le point d’être maîtrisé dans sa totalité et qui est reparti de plus belle ce mardi soir. En parallèle, la controverse prend de l’ampleur autour de la nationale 236 sur laquelle 47 personnes sont mortes samedi piégées par les flammes.

Avec notre envoyée spéciale à Pedrógão Grande,  Marine de La Moissonnière

media
Un policier se tient près d’une victime, le 18 juin, sur la route IC8, qui a été fermée, obligeant les habitants à emprunter la nationale 236 sur laquelle 47 personnes sont mortes.

Plusieurs rescapés accusent les gendarmes de les avoir dirigés vers cette fameuse « route de la mort » où les trois quarts des victimes de l’incendie ont péri, certaines prises au piège dans leur voiture.

Aujourd’hui, des traces noires sur la chaussée et des panneaux de signalisation carbonisés témoignent de l’ampleur du drame. Un incendie tellement violent que seuls des tests ADN permettront d’identifier ce qui reste des corps.

Cet axe de circulation aurait dû être fermé bien plus tôt, estime le Premier ministre qui demande donc à la gendarmerie des « éclaircissements rapides ».

Des rescapés des flammes qui ont fui leur maison dorment à l’extérieur d’un centre d’évacuation à Pedrogao Grande, le 18 juin 2017.

Autre défaillance sur laquelle va devoir se justifier la protection civile, l’interruption du système de communication de l’Etat, en raison de la chaleur, ce qui aurait empêché les pompiers de se parler. Le gouvernement a également commandé un rapport à l’Institut météorologique national.

Pour autant, l’Etat n’échappera sans doute pas à son propre mea culpa. Il devra notamment expliquer pourquoi le Portugal n’a pas de Canadair. Le pays se contente d’en louer deux pendant un mois et demi chaque année.

Ce soir, la protection civile a indiqué qu’aucun canadair s’est écrasé dans la région, revenant ainsi sur une information donnée par l’agence en fin d’après-midi.


Une maison de retraite ouvre ses portes aux évacués

Des dizaines de personnes ont dû évacuer leur maison. A Pedrógão Grande, la maison de retraite Santa Casa a ouvert ses portes pour les accueillir. Reportage.

Assis devant la maison de retraite, plusieurs rescapés serrent contre eux des sacs plastiques. Dedans, les maigres affaires qu’ils ont attrapées avant de quitter leur maison.

Très inquiète, Marie-Odette Fernandez a hâte de rentrer chez elle. « Je ne sais pas si ma maison a été détruite. Je ne pense pas. Mais tout mon village a été évacué hier. On a déjà passé une nuit ici. Je suis fatiguée. Je veux rentrer chez moi, mais on ne nous laisse pas partir. »

Bon nombre de personnes évacuées sont angoissées et très choquées. Des psychologues sont là pour les réconforter. « D’abord, on leur dit qu’ils sont en vie et que tout le reste, ça ne compte pour l’instant. Ce qui est important, là tout de suite, c’est de prendre soin d’eux. Ils panseront leurs blessures internes plus profondes plus tard », explique Soledad Luna qui fait partie de l’Ordre des infirmières du Portugal.

Comme Soledad Luna, de nombreux volontaires sont venus de tout le Portugal pour prêter main-forte. Des entreprises, des restaurants et des particuliers ont fait des dons : de l’eau, des fruits, de la nourriture. L’aide est aussi arrivée de l’Union européenne. La France, l’Italie et l’Espagne ont envoyé des renforts sur place pour soutenir les pompiers portugais.

La protection civile a indiqué dans la soirée qu’aucun Canadair ne s’est écrasé contrairement à ce qu’elle avait annoncé un peu plus tôt dans la journée.

Vidéo de la chaîne de télévision publique portugaise RTP réalisée avec un drone au-dessus des zones dévastées par l’incendie dans la région de Pedrógão Grande.

 
Rfi.fr