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Interview Jaguen Abouet / Malade et amputé de la jambe, Jaguen Abouet se confie…

Sa nouvelle vie, l’amitié dans le Showbiz, le nouveau visage de certains acteurs, les vérités… de Jaguen Abouet.

Victime d’insuffisance rénale depuis quelques années, Jaguen Abouet a été contraint de s’éloigner peu à peu de la scène du Showbiz. Suite à cette maladie, il a même vécu le pire au point de voir sa jambe amputée. Depuis lors de nombreuses informations fusent sur les causes de sa maladie et de ce qu’il vit réellement. Nous l’avons rencontré et Jaguen parle de ce qu’il endure…

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Cela fait un bon moment qu’on n’a pas de tes nouvelles. Comment se porte Jaguen Abouet ?

Je me sens bien, par la grâce de Dieu. Je continue mes soins au quotidien et ça va.

L’on a appris il y a quelques temps que tu as été amputé de la jambe suite à la maladie qui te ronge depuis quelques années. Qu’en est-il exactement ?

Je suis un dialysé car j’ai la maladie du rein. Après cela, je suis tombé d’un podium dans l’exercice, de mon métier. Et suite à cette chute, mes genoux se sont effrités. Cela fait que je marchais avec des béquilles. C’était un peu difficile, mais j’arrivais quand même à me déplacer et organiser certaines choses.

Que s’est-il donc passé ensuite ?

J’ai ensuite eu un souci à l’orteil droit. C’était du à un ongle incarné que j’ai fait enlever.

Après extraction de cet ongle, c’est devenue une gangrène qui s’est emparée de tout mon pied qui a noirci comme du charbon. J’ai fait tous les traitements qu’il fallait, sans résultat.

C’est ainsi que j’ai été hospitalisé dans une grande clinique de la place, la clinique « Farah », grâce au soutien de certaines personnes dont je tairai les noms ici.

J’y ai passé deux mois. Et ensuite après de nombreux examens, il s’est avéré que la gangrène prenait toujours de l’ampleur et progressait vers mes mollets et le genou.

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Et c’est ainsi que médecin qui me suivait a jugé bon de m’amputer pour arrêter la progression de la maladie. C’est ainsi que j’ai donc été amputé de la jambe. Beaucoup de choses se racontent à propos, mais voilà ce qui s’est réellement passé. Ceux qui veulent vérifier cela, qu’ils passent me voir comme tu le fais aujourd’hui au lieu de raconter des choses qui ne sont pas vraies.

Qu’en est-il avec la dialyse ?

La dialyse c’est à vie tant que tu n’as eu pas de reins compatibles pour qu’on fasse une greffe des reins. Je suis toujours donc dialysé et je continue mes séances en suivant convenablement les prescriptions des médecins, surtout les interdits.

N’étant plus en activité après avoir été amputé et autres, comment arrives-tu à subvenir à tes besoins et à ceux de ta famille, surtout que la dialyse coûte cher ?

J’aimerai à travers cette question que tu me poses, remercier de nombreux aînés et cadets du milieu du showbiz qui ont eu un regard sur ma personne. Il y a certes la famille, mais les amis sont les plus actifs sur ce plan. Des artistes, managers, producteurs, promoteurs de spectacles, me sont reconnaissants des services que j’ai pu leur rendre dans le passé et me viennent plus ou moins en aide.

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N’étant plus en fonction dans le showbiz comme avant, grâce à leurs apports et soutiens moraux, matériels et financiers constants, j’arrive à me maintenir car la dialyse coûte excessivement cher. Et il fallait dans le temps me rendre de Yopougon à Marcory pour les soins après mon amputation avec le traitement, le transport et tout…

Mais Dieu merci, j’ai des soutiens. Je ne citerai pas de nom pour ne pas omettre quelqu’un et frustrer d’autres. Et tous ceux qui me sont venus en aide, l’ont fait de façon satisfaisante et agréablement surprenante depuis ces deux années que je suis dans ce fauteuil roulant. Lorsque je fais un bilan de ce que je dépense en une semaine pour mes soins, j’ai des larmes aux yeux car je me rends compte que si je n’avais pas d’ami dans ce milieu, que serai-je devenu ? Pour finir, je dis que je ne citerai pas de nom, mais ceux qui ont fait de grands gestes se connaissent et je leur dis grand merci.

Car sans eux, peut-être que je ne serai plus là aujourd’hui. Cependant, il y a une autorité qui, sans même me connaître, a usé de son poids pour faire prendre en charge mon séjour à la clinique Farah à hauteur de 3 millions F Cfa. D’Europe même, certains se sont signalés avec des gestes depuis là-bas.

Et donc encore une fois, je me prosterne pour dire merci à toutes ces personnes-là. Mon témoignage est vrai et sincère car d’autres ont appris la nouvelle mais ne sont jamais passés me voir ou même me passer un coup de fil.

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Malgré tout, tu es toujours en contact avec le monde du showbiz ?

Je dirai oui, car les artistes et les acteurs du milieu sont en contact avec moi. Cette semaine, les artistes Zouglou pilotés par Pat Sacko après leur grande réunion sont passés chez moi me rendre une visite-surprise. Et m’ont fait cas des résolutions prises pour faire avancer leur mouvement. Bien que je ne sois pas actif, je suis toujours disposé à apporter ma contribution l’évolution du showbiz. Il y a donc des projets en vue et plusieurs artistes passent me voir dans ce sens, dont des Zouglou, des DJ…

As-tu des projets personnels ?

Oui, j’avais des productions en vue et il y a en a une en particulier que je viens de boucler, mais qui a été freinée par le manque de moyen car je me suis retrouvé à l’hôpital juste avant. J’ai demandé à l’artiste en question de se débrouiller seul, mais pas fidélité, il me demande de le produire avec les moyens du bord en usant de mon relationnel. Car selon lui, mon aura lui apportera le succès qu’il souhaite. En somme, il ne veut pas se confier à quelqu’un d’autre.

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C’est qui l’artiste ?

Rire ! Vous le saurez bientôt. Je l’ai même eu au téléphone toute à l’heure. Je verrai à mon tour, qui voir pour l’aider aussi dans ce sens. Il ne faudrait pas que je le fasse trop espérer car cela fait maintenant 2ans que nous avons fini le produit qui d’ailleurs, est apprécié par ceux qui l’ont déjà écouté. Et attendent impatiemment la sortie avec le clip et autres.

En tant qu’acteur avisé du milieu du showbiz, quel regard portes-tu aujourd’hui sur les rapports entre managers, artistes et autres acteurs dans ce milieu ?

Lorsque nous prenions la relève après nos aînés, c’était l’union et la solidarité. Dans tous mes voyages tant en Afrique qu’en Europe, je partais toujours avec des œuvres de différents artistes. Dans ma valise, il y’avait rarement des vêtements. Je partais en général avec plein de supports (CD et Clips) de différents artistes que je déposais dans différentes radios et télévisions. Mais aujourd’hui, ils évoluent en singletons. Ils n’ont aucun staff sur lequel s’appuyer.

Et cela engendre l’individualisme car chacun se bat soi-même, chaque manager se bat uniquement pour son artiste. Dans ma structure « Plus Prod » dans le temps, ils étaient 12 managers. Et avions environ 25artistes avec lesquels nous travaillions. Et Dieu merci, tous ces artistes sont montés au firmament de leur art.

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Il n’y a pas un seul qui n’a pas connu de succès, même celui qui pouvait être considéré comme nul. Mais aujourd’hui, la plupart de ces artistes ne se retrouvent plus. « On ne change pas une équipe qui gagne » comme on le dit. Mais quelqu’un qui te suit et ça marche, tu ne connais pas son aura. Tu ne sais même pas quel sacrifice il fait pour que tu aies le succès. Car ce dernier le fait parce qu’en parlant de toi, on parle aussi de lui.

Quelles comparaisons fais-tu entre ton époque et celle d’aujourd’hui ?

Aujourd’hui, nos artistes et managers ont de la chance. Autrefois, ils dépendaient du bon vouloir d’un Dj. Tant que les maquis le Dj n’a pas joué ton CD, tu restais un parfait anonyme.

Aujourd’hui, avec l’évolution des NTIC, tout se passe à travers les réseaux sociaux sans trop d’efforts, en plus des chaînes de télévisions musicales et autres.

Raconte-nous un peu un exemple de galère que tu as vécu dans le cadre de tes activités ?

Pas la galère en tant que telle, mais la réalité de ce que vivions avant. Par exemple, lorsque j’ai produit les « Djigbô », pour me rendre à la RTI qui était le média clé pour la promotion de nos artistes, je prenais un « Gbaka » qui me descendait à Adjamé. D’Adjamé, je marchais jusqu’à la RTI. Arrivé, je négociais avec les aînés qui y étaient afin que mes artistes aient quelques passages.

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Le constat aujourd’hui pour revenir à la question d’avant ?

Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le gros problème aujourd’hui est que les managers ne sont pas solidaires, les artistes non plus. Le Coupé-décalé qui a rejoint le Zouglou est quant à lui, où c’est l’individualisme qui règne. Chacun se bat pour son artiste mais pas comme dans le passé où l’on avait un collectif de managers et où nous nous déplacions ensemble avec les œuvres de nos artistes pour les promouvoir.

Angelo Kabila, Charly Parker, Guess Gervais, Nicaise Kouaho, Bobi Six Killer, Sia Popo, Gerardo et tous les jeunes qui nous suivaient, formions une petite famille dans le corps de métiers dans lequel nous exercions.

Mais aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Les artistes n’ont même plus de staff. Et souvent, l’artiste se justifie en affirmant qu’il se gère tout seul à travers le Net.

Et lorsqu’il a un manager et que ce dernier prend une décision, il prend aussi la sienne. Ils ne sont même pas capables de faire de temps en temps, une réunion technique. Et lorsqu’on les convoque à une réunion, rares sont ceux qui viennent. Vous pouvez demander à Gervais Guess qui est leur président actuel. Mais ils s’emmènent lorsqu’ils ont des problèmes.

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Moi, mes artistes savent qu’il y a toujours une réunion technique chaque semaine à travers un bilan pour de nouvelles perspectives et prendre des dispositions s’il y a des voyages en vue et tout. Et aujourd’hui malgré tout, je ne regrette pas d’avoir laissé le boulot que je faisais pour le showbiz. Parce que ce milieu m’a ouvert beaucoup de portes. Grâce au showbiz, j’ai de petites réalisations même si ce n’est pas grand-chose.

Que doit-on faire donc ?

Il faut assainir le milieu pour savoir qui veut être Manager. Qui veut être Suiveur dans le showbiz ? Qui est venu pour faire de la séduction auprès de la gent feminine ? Qui est venu pour voler son artiste ? Parce c’est un véritable problème chez les artistes. Pour un rien, ils taxent leurs managers de voleur. Quelle est cette idée de dénigrer ainsi son collaborateur ? Il faut donc de la cohésion entre artistes et managers et entre managers eux-mêmes.

Nous avons la coupe d’Afrique du showbiz et c’est donc à nous de faire fructifier cela et de maintenir notre standing au plus haut niveau. Lorsque nous partions au Mali, au Cameroun avec les Arafat et autres et qu’on voyait des stades pleins à craquer, tu te rends compte qu’il y a vraiment un boulot qui a été fait. Nous avons coaché de nombreux artistes qui ont fait le plein de nombreux stades hors du pays.

Mais cela ne profite qu’à l’artiste. Le manager utilise donc son relationnel pour faire une renommée à son artiste. Ce dernier doit être redevable envers lui quand ça marche. Mais écarter ce dernier lorsque tout va bien, ce n’est pas sérieux.

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Avez-vous vu des enfants de ministres ou directeur de société devenir artiste chanteur ?

Oui, mais c’est rare ! Donc lorsqu’on vient de loin, sachons tenir la main de ceux qui étaient avec nous au départ, lorsque nous sortions du trou. Nous allons donc essayer de conjuguer nos efforts pour assainir notre maison commune qu’est le showbiz.

Un message particulier à lancer pour clore cet entretien ?

J’aimerais te dire merci et ainsi qu’à ‪Abidjanshow.com‬ pour cette opportunité. Car je donne rarement d’interview. Merci à tous mes bienfaiteurs, pour ce qu’ils ont fait et continuent de faire pour moi car je continue de dialyser en payant mes kits. En cette période de fin d’année, je souhaite une très bonne année aux acteurs du monde du showbiz et à tous les Ivoiriens.

Que la paix soit notre partage quotidien. Et que cette nouvelle année qui s’annonce nous apporte beaucoup de bonheur. Que nous sachions nous parler et que la sagesse prime sur les injures afin que la joie d’antan revienne entre les filles et fils de ce pays.

Réalisé par A.K

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