Irak: les chrétiens fuient à nouveau les combats

En Irak, des combats à l’artillerie lourde opposaient jeudi 26 octobre combattants kurdes et forces gouvernementales sur plusieurs fronts, malgré l’appel des Kurdes à un cessez-le-feu. De violents combats ont notamment eu lieu du côté du poste-frontière de Fichkhabour vers la Turquie et la Syrie, où passe un important oléoduc. Depuis une dizaine de jours, les forces fédérales irakiennes avancent pour reprendre au gouvernement régional kurde les territoires passés sous son contrôle depuis 2003. Un conflit qui a déjà poussé des milliers de civils sur la route de l’exode, notamment de nombreuses familles chrétiennes, obligées de fuir leurs maisons pour la deuxième fois en trois ans. Reportage.

Reportage à AlqoshWilson Fache

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Des combats à l’artillerie lourde ont opposé jeudi combattants kurdes (peshmergas) et forces gouvernementales
en direction du poste-frontière de Fichkhabour, vers la Turquie et la Syrie, le 26 octobre 2017.

Ils sont une centaine à se presser dans l’église Saint-Georges, dans la bourgade d’Alqosh, ou a lieu une distribution de vivres et de matelas. Ils viennent de fuir des villages chrétiens au sud de Mossoul ou forces gouvernementales irakiennes et combattants kurdes se sont violemment affrontés.

Depuis trois jours, Liliane dort avec huit membres de sa famille dans une petite pièce de l’église. A seulement 17 ans, c’est la deuxième fois qu’elle doit fuir sa maison. La dernière fois c’était en 2014 lors de la conquête du groupe Etat islamique.   

« C’est la deuxième fois que nous devons partir. Il n’y a pas d’école et la situation est plutôt mauvaise. Nous sommes toujours obligés de fuir, ça arrive tout le temps aux chrétiens. Pourquoi est-ce arrivé dans notre village? A Kirkouk aussi, ils ont été déplacés. Il y avait des combats, des mortiers tombaient et des gens ont été blessés », raconte-t-elle.

Le père Ghazwan marche au pas de course. Il se coordonne avec des humanitaires de l’ONU, donne des ordres, organise les distributions. C’est que ce prêtre a malheureusement beaucoup d’expérience, c’est la quatrième fois que son église est transformée en un refuge. Il souhaiterait que cela n’arrive plus : « Il y a eu 2008, 2010, 2014 et maintenant 2017. Donc, j’espère que c’est la dernière fois que ça arrive ».

Ces familles chrétiennes fuient les combats, encore, mais pas nécessairement l’avancée des forces fédérales. La communauté est en fait divisée entre ceux qui veulent revenir dans le giron du gouvernement central, ceux qui préfèrent la protection des Kurdes, et ceux qui rejettent les deux et réclament une protection internationale.

Rfi.fr