Israël: Netanyahu met l’audiovisuel public au pas

Les chaînes et radios de l’audiovisuel public israélien se sont relancées depuis le 15 mai sous de nouveaux noms, et avec une nouvelle société de diffusion. Le tout sur fond de bataille politique.

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, le 5 mars 2017. REUTERS/Abir Sultan

Vous vous souvenez peut-être de l’ERT, la radio-télévision publique grecque qui avait été contrainte de laisser la place à un écran noir, en 2013, pour renaître de façon très diminuée sous le nom de Nerit. Il s’est passé à peu près la même chose en Israël avec l’Autorité de radio-diffusion israélienne, l’équivalent de la BBC avec ses deux chaînes de télévision et ses huit radios.

Le 9 mai, la première chaîne a définitivement cessé d’émettre quand la présentatrice du 20 heures a lu en larmes un communiqué officiel annonçant la fin des programmes. Un scénario qui s’est ensuite répété à la radio publique généraliste. Contrairement à la Grèce, le redémarrage a été très rapide puisque les programmes ont repris depuis le 15 mai sous un nom différent, avec une nouvelle société de diffusion, la Israeli Public Broadcasting Corporation. Mais comme en Grèce, elle compte moitié moins de salariés que le groupe qui l’a précédé.

Pour la gouvernement Netanyahu, il s’agit officiellement de mettre fin au gouffre financier d’une maison vivant au-dessus de ses moyens et jamais réorganisée malgré de faibles audiences. Mais en réalité, il s’agit aussi de réformer en profondeur la ligne éditoriale d’une institution étroitement liée à l’histoire démocratique d’Israël, quand on songe que la radio a été créé en 1936 et la télévision en 1968. « Persifleuse, incisive, indocile », telle est la façon dont les syndicats décrivent la manière dont le pouvoir voit l’information publique.

Intolérable pour Benyamin Natanyahu, qui a donc décidé du démantèlement de l’organisme il y a trois ans et a voulu retarder l’opération quand il s’est rendu compte que la nouvelle maison allait réembaucher beaucoup de journalistes indépendants. Il a fallu que son ministre de l’Economie, Moshe Khalon, argue qu’il était impossible de faire machine arrière sans de lourds dédommagements pour qu’on évite finalement la purge idéologique.

Il n’en reste pas moins que « Netanyahu tente de contrôler les médias en Israël », comme dit Charles Enderlin, ex-correspondant de France 2 à Jérusalem. Le député du Likoud David Biton, chef de la coalition à la Knesset, n’hésite pas à dire que « les journalistes bénéficient de trop de liberté dans ce pays ». La ministre de la Culture, Miri Regev, qui s’est illustrée à Cannes avec sa robe surplombant Jérusalem, s’est clairement prononcée en faveur du contrôle de l’audiovisuel public par l’exécutif qui le finance. On s’achemine donc vers une information sous la coupe du pouvoir tandis que les programmes pourraient jouir d’un peu plus d’indépendance.

Amaury de Rochegonde
Rfi.fr