Japon: Abe conserve sa majorité et entend réformer la Constitution pacifiste

Le Premier ministre conservateur japonais Shinzo Abe a remporté dimanche 22 octobre une large victoire aux législatives anticipées qu’il avait provoquées. Sa coalition conserve ainsi sa « super majorité » des deux tiers des sièges à la chambre basse du Parlement. Au pouvoir depuis 2012, il est assuré de rester jusqu’en 2021, ce qui constituerait un record de longévité pour un chef de gouvernement japonais. Cette large victoire lui donne le mandat de réformer la Constitution pacifiste et adopter une attitude plus ferme envers la Corée du Nord.

Avec notre correspondant à TokyoFrédéric Charles 

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Au lendemain de sa victoire aux législatives anticipées, Shinzo Abe a donné une conférence de presse à Tokyo, le 23 octobre 2017.

Cette victoire donne à Shinzo Abe quatre années de pouvoir supplémentaires pour tenter de réviser la Constitution pacifiste, écrite d’une main américaine à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le Premier ministre espère ainsi rendre au Japon « sa grandeur et sa souveraineté » en réformant l’article 9 de la Constitution, qui ne reconnait pas l’existence de l’une des armées les plus modernes au monde, et lui interdit le recours à la guerre pour résoudre des conflits. « Aujourd’hui, les forces armées existent, elles s’appellent des forces d’autodéfense. Mais en revanche, constitutionnellement, elles n’existent pas. Shinzo Abe veut donc adapter la Constitution à la réalité de la défense japonaise », explique Valérie Niquet, responsable du pôle Asie de la Fondation pour la recherche stratégique. 

Shinzo Abe a déjà réinterprété la Constitution votée en 1946 sous l’occupation américaine pour permettre aux forces japonaises de participer à des opérations à l’étranger aux côtés des Etats-Unis. Au pouvoir depuis cinq ans, le chef du gouvernement n’a cependant pas réussi, jusqu’ici, à persuader les Japonais de réviser la Constitution malgré une « super majorité » des deux tiers des sièges à la chambre basse du Parlement, et en dépit de la menace nord-coréenne.

Shinzo Abe, proche d’une droite nationaliste et révisionniste, n’est pas populaire. Une moitié des Japonais tiennent toujours à leur Constitution pacifiste. A leurs yeux, elle empêche leurs dirigeants de céder à la tentation de la guerre. 

Concernant la Corée du Nord, Shinzo Abe veut renforcer l’alliance avec les Etats-Unis. Très proche de Donald Trump, qui viendra à Tokyo début novembre, le Premier ministre japonais n’exclut pas, si nécessaire, l’option d’une intervention militaire. Pour sa sécurité, le Japon dépend du parapluie nucléaire américain.

Rfi.fr