Kenya: inquiétude au bidonville de Kibera à la veille du scrutin

Les électeurs kényans sont appelés aux urnes ce mardi 8 août, dix ans après la crise post-électorale qui avait fait plus d’un millier de morts et un demi-million de déplacés. Le bidonville de Kibera, à Nairobi, avait été un des lieux les plus touchés. Aujourd’hui, le quartier attend le vote avec fébrilité. Reportage.

Dans le bidonville de Kibera, en banlieue de Nairobi, avant le scrutin du 8 août 2017.

George Kanda habite depuis 20 ans dans cette concession de Kibera. Aujourd’hui il est seul, ses trois voisins ont fui.

« Ils ont peur que les violences de 2017 se répètent, explique-t-il. Mon voisin de droite est même parti après avoir presque vidé sa maison. En 2007, l’enfer avait été libéré. C’était chacun pour soi. Des gens qui avaient vécu ensemble se tapaient l’un sur l’autre parce qu’ils n’étaient pas de la même ethnie. Donc selon le résultat, c’est possible que ça se passe mal. En plus les candidats ont juste passé leur temps à s’accuser. »

Le contexte est tellement incertain que chacun émet un avis différent. Raphaël Nyambaka travaille dans la construction. Il est plus optimiste. Pour lui, 2017 ne sera pas 2007. « Je pense qu’il n’y aura pas de violences parce que certains ont peur de la CPI, avance-t-il. J’ai confiance en notre système électoral. Il s’est beaucoup amélioré. La commission électorale est plus indépendante et le contexte a beaucoup changé. »

Sur son deux-roues, chasuble jaune sur le dos, Otieno Abonga est un boda boda – un moto-taxi. Pour lui, peu importe le résultat : « Moi tout ce que je veux c’est une belle vie, un avenir prometteur, où la vie sera moins chère, parce que la vie est très difficile ici. En 2007, après les résultats plus de 1 000 personnes sont mortes. Je ne veux pas que ça se reproduise. »

Kibera sera sous haute surveillance. Début juillet, les autorités ont placé le bidonville sur la liste des zones à haut risque où la sécurité sera renforcée.

George Kanda, habitant de Kibera depuis 20 ans. © RFI / Sébastien Németh

Incertitude

A la veille du scrutin, personne ne sait ce qui va se passer. Et dans une atmosphère aussi incertaine, beaucoup ont préféré prendre les devants. Une partie de la capitale s’est vidée, certains préférant quitter la ville par crainte des violences.

Dans les supermarchés, cela fait des semaines que l’on voit défiler des clients achetant des stocks de denrées non périssables, au cas où les magasins soient fermés pour cause d’émeutes ou même pillés. « Si ça dégénère, on risque de rester cloîtrés chez nous, donc il faut qu’on ait de la nourriture en réserve », explique Morice Sau, les bras chargés de sacs à la sortie d’un magasin Tuskys.

Dix ans après la crise de 2007, les démons du Kenya semblent toujours prêts à se réveiller, mais une partie de la population refuse de tomber dans la paranoïa. « Je pense que la vie va continuer normalement. Moi je ne veux pas changer mes habitudes », confie Lucy Mutua en faisant ses courses comme de rien n’était.

Deux facteurs seront en tout cas déterminants : le déroulement du scrutin et surtout la fiabilité du système informatique, notamment dans le transfert des résultats. Puis le comportement des candidats, surtout pour ceux qui seront battus.

Rfi.fr