Libye: l’accord de Paris face à la crise libyenne

Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, s’est rendu en Libye et était, ce lundi 4 septembre, à Tripoli pour relancer l’accord de La Celle-Saint-Cloud, près de Paris, signé le 25 juillet dernier, pour une sortie de crise libyenne. Avant son départ, Jean-Yves Le Drian avait annoncé que cette visite visait aussi à rencontrer les deux principaux acteurs constitutionnels dans le pays, Fayez al-Sarraj, Premier ministre au gouvernement d’union nationale et Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen. Depuis l’accord, plusieurs développements se sont produits qui peuvent compliquer cette mission du ministre français.

Jean-Yves Le Drian (g) et le ministre des Affaires étrangères Mohamed Taha Sial (d) à Tripoli le 4 septembre 2017.

Dès le lendemain de l’accord de principe de La Celle Saint-Cloud, pour une sortie de la crise en Libye, plusieurs entraves ont mis cet accord en danger.

Il y a eu d’abord, l’accord convenu, le 24 juillet, entre Fayez al-Sarraj et Rome pour lutter contre l’immigration clandestine. Cet accord avait donné à l’Italie le droit d’être présente militairement dans les eaux et le ciel libyens. Ce développement n’était pas du goût du maréchal Khalifa Haftar qui a estimé qu’il s’agissait d’un revirement de Tripoli contre l’accord de Paris.

Durant sa dernière visite à Moscou, il y a quinze jours, il n’a pas manqué de saisir l’occasion pour accuser son frère- ennemi, Fayez al-Sarraj, d’avoir « des difficultés à tenir ses engagements ». Khalifa Haftar a alors promis de continuer son combat pour débarrasser le pays des islamistes tout en dénonçant Fayez al-Sarraj qui s’appuierait sur des extrémistes.

Il y a quelques jours, cette fois, le camp de l’Est libyen a donné au gouvernement d’union nationale, six mois, à partir de la date de l’accord de Paris, pour débarrasser le pays des milices et pour trouver des solutions à la crise économique qui empoisonne le quotidien des citoyens. Un ultimatum à l’accent menaçant mais la réponse de Tripoli n’a pas tardé. Fayez al-Sarraj a procédé, récemment, à la nomination de plusieurs responsables sécuritaires pour l’Est libyen. Un chef d’état-major de l’armée a même été nommé.

Le maréchal, de son côté, a répliqué, début septembre, en interdisant de traiter avec eux et a même menacé d’arrêter tout responsable, parmi les nouveaux nommés, qui s’aventurerait à l’est.

« Il n y a aucune coordination entre Fayez al-Sarraj et l’armée nationale libyenne », a déclaré récemment le porte-parole de l’Armée nationale libyenne (ANL), Ahmad al-Mismari, avant d’ajouter que « les autorités de l’Est ne reconnaissent ni le gouvernement d’union nationale ni Fayez al-Sarraj ».

C’est donc dans ce contexte qu’intervient la visite de Jean-Yves Le Drian en Libye, contexte qui est pour le moins compliqué et qui risque de remettre l’accord de Paris, comme précédemment celui d’Abou Dhabi, aux calandes grecques.

Rappelons que cet accord de principe entre Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar, à La Celle Saint-Cloud, sous les auspices du président français, Emmanuel Macron, reconnait la nécessité d’amender l’accord de Skhirat qui reste la base d’un accord politique en Libye. Il stipule, en effet, un cessez-le-feu et l’organisation des élections générales au printemps prochain.

Par Houda Ibrahim
Rfi.fr