L’Union européenne propose d’accueillir 50 000 réfugiés en deux ans

La Commission européenne a proposé mercredi 27 septembre un nouveau programme visant à accueillir des réfugiés dans l’UE. Il s’agirait essentiellement de réfugiés venant d’Afrique et du Proche-Orient. Les plans mis en avant par la Commission prévoient l’arrivée de 50 000 demandeurs d’asile sur deux ans dans le cadre de la nouvelle politique européenne destinée à offrir des voies d’entrée légales en Europe.

Avec notre correspondant à Bruxelles, Pierre Bénazet

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L’UE s’est fixée l’objectif d’accueillir 50 000 réfugiés directement d’Afrique ou du Moyen-Orient.

Les programmes européens prévus il y a deux ans pour absorber le choc de l’afflux de réfugiés arrivés à partir du printemps 2015 sont arrivés à échéance cette semaine.

Il y avait d’un côté les relocalisations des réfugiés déjà parvenus sur le sol européen et de l’autre côté la réinstallation de réfugiés affluant en direction de l’Europe. En l’occurrence il s’agissait de candidats à l’asile provenant du Proche-Orient et ce mouvement-là doit se poursuivre. Il devra permettre de réinstaller en fin de compte en Europe un total de 37 000 réfugiés de cette région. 

Parallèlement, la Commission européenne propose donc de créer un successeur à ce programme pour accueillir 50 000 réfugiés supplémentaires d’ici octobre 2019.

Un budget d’un demi-milliard d’euros est annoncé pour soutenir les pays européens volontaires pour accueillir ces demandeurs d’asile. Il s’agit toujours d’un programme de réinstallation concernant des personnes éligibles au statut de réfugié, mais qui ne seraient pas encore parvenus en Europe.

Les régions visées sont l’Afrique du Nord et la corne de l’Afrique ; la Commission européenne mentionne expressément la Libye, l’Egypte, le Niger, le Tchad, le Soudan et l’Ethiopie.

« Une goutte d’eau dans l’océan »

« C’est un nombre très bas », note François Gemenne, spécialiste des flux migratoires, chercheur en sciences politiques à l’université de Liège et à Sciences-Po Paris. Selon lui, il y a sans doute une « certaine pression des Nations unies, du Haut-commissariat aux réfugiés pour que l’Union européenne s’engage plus activement dans ce type de programme qui a donné des résultats tout à fait probants en Suède, au Canada ou aux Etats-Unis. »

Mais le chercheur insiste : « C’est une goutte d’eau dans l’océan et l’Union européenne ne prend pas du tout sa part ». Il rappelle qu’elle n’accueille qu’environ 6% des réfugiés dans le monde. « La mise en place d’un tel programme de relocalisation est une façon de répondre, mais un tout petit peu seulement, à cette attente qui est gigantesque, analyse-t-il. Il n’y a guère de volonté politique de la part des gouvernements européens de traiter véritablement cette question, de penser une politique d’asile et d’immigration. Ça reste considéré largement comme un problème à résoudre, comme une crise à éviter, et comme quelque chose qu’on va chercher à rendre invisible. »

Concernant le fond du programme, c’est « un engagement de long terme », explique François Gemenne. Alors qu’avec le mécanisme de relocalisation il s’agissait de mieux répartir les réfugiés pour soulager certains pays, là « il s’agit d’aller chercher des gens qui sont déjà réfugiés dans des pays tiers, souvent africains, où les réfugiés sont souvent logés dans des conditions précaires. L’objectif c’est de les réinstaller dans l’Union européenne et ils auront le choix à l’issue de leur statut de réfugiés, soit dans dix ans, de demander la nationalité du pays, ou de rentrer chez eux si la situation s’est améliorée », précise-t-il.

Une question reste en suspens. Le programme étant sur la base du volontariat, cela implique que les pays puissent choisir des profils particuliers. Difficile pour l’heure de savoir comment se passera concrètement la sélection des réfugiés.

Rfi.fr