En lutte contre la pollution, Londres introduit des bus roulant au café

Certains bus rouges emblématiques de la ville de Londres roulent au marc de café depuis le 20 novembre. Un nouveau biocarburant utilisé pour des raisons écologiques, alors que la ville s’engage depuis plusieurs années pour la réduction des gaz à effet de serre, la diminution du nombre de voitures et le développement de transports en commun plus « propres ». 

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Bus rouge traversant le pont de Waterloo à Londres, le 20 octobre 2017.

Les célèbres bus rouges londoniens carburent désormais… au café ! Plus précisément, leur biocarburant intègre depuis le 20 novembre de l’huile extraite de marc de café recyclé. Sa formule : 80 % de diesel, 20 % de biocarburants contenant cette huile de café. «  Au lieu d’envoyer le marc de café à la décharge où il se dégrade et relâche du méthane et du C02, nous le collectons, le recyclons et le transformons en carburant propre », détaille Arthur Kay, fondateur de la start-up britannique Bio-Bean, à l’origine de l’initiative.

L’entreprise, soutenue par Shell, récolte le marc de café auprès des bars et des restaurants à Londres et dans d’autres villes d’Angleterre puis la transforme en huile dans son usine d’Alconbury, à quelques kilomètres de Cambridge. Par la suite, une autre société, Argent Energy, le plus important producteur de biocarburant au Royaume-Uni, se charge de mélanger l’huile issue du marc à d’autres carburants d’origine animale ou végétale, avant que le tout soit disséminé dans les pompes à essence des dépôts de bus de la capitale britannique.

Qu’ils soient à un ou deux niveaux, les bus rouges représentent une flotte de 9 300 véhicules, dont 2 000 dotés d’une motorisation hybride (diesel et électrique). A Londres, où 200 000 tonnes de marc de café sont produites chaque année, Bio-Bean se dit capable de réduire les émissions de carbone des bus de 10 % à 15 % sans changer le moteur ni utiliser davantage de carburant. La start-up imagine déjà des taxis, des autocars ou des camions carburer eux aussi au marc recyclé. « Nous voulons devenir un fournisseur de carburant vert à part entière, nous espérons que cette expérience avec les bus de Londres servira de démonstrateur », reconnaît M. Kay.

Une logique écologique 

Cette initiative s’inscrit dans une démarche de réduction de la pollution enclenchée par la ville de Londres il y a plusieurs années. Asphyxiée par les particules fines, Londres se tourne petit à petit vers un système de transport « zéro émission » qui incite les Londoniens à délaisser leurs voitures. Afin de diminuer la circulation  dans son hyper centre, la ville a instauré un péage urbain effectif depuis 2003 et a mis en place en 2008 une « Low Emission Zone » – littéralement « zones à faibles émissions », qui se traduit par l’interdiction de certains véhicules polluants dans la ville. Par ailleurs, les véhicules les plus anciens sont lourdement taxés depuis octobre 2017 : 12 euros par jour en plus pour les voitures mises en circulation avant 2006. Cette « toxicity charge » (T-Charge) vient s’ajouter aux 11,50 livres (13 euros) de « congestion charge », qui s’applique à tous les véhicules.

La lutte contre la pollution a également conduit Sadiq Khan, maire travailliste de Londres, à annoncer en avril 2017 la création d’un nouveau péage dans une « zone à ultra basse émission » (« Ultra low emission zone ») de la capitale britannique. A partir de 2019, les véhicules les plus polluants devront s’acquitter d’une taxe de près de 15 euros par jour pour circuler dans cette zone d’une superficie de 21 km2, qui a vocation à être étendue au Grand Londres.

A long terme, le maire de Londres souhaite que les taxis et voitures de location puissent devenir zéro émission en 2033, les bus d’ici 2037, et les camions et autres véhicules routiers d’ici 2040. M. Khan souhaite également que la marche, le vélo et les transports publics représentent 80 % des trajets au cœur de la capitale d’ici 2041. A l’heure actuelle, seuls 64 % des trajets sont effectués avec l’un de ces trois moyens alternatifs. La mairie prévoit un développement des rues piétonnes, tout comme celui du réseau de pistes cyclables.

9 000 tués par an

Le maire de la ville, Sadiq Khan, justifie ces objectifs et ces mesures par la gravité du danger encouru par la population. « Le contexte est très simple, chaque année, 9 000 personnes meurent à cause de la pollution à Londres », rappelle-t-il régulièrement. « L’une des principales raisons pour lesquelles l’air de Londres est mortel réside dans les émissions des véhicules. Nous avons calculé que plus de la moitié de la pollution de l’air est causée par les transports », avait-il expliqué en avril à l’AFP.

Ces mesures ont pour objectif de permettre à la capitale de respirer, tout en respectant les directives européennes et l’accord de Paris. « La qualité de l’air et les changements climatiques sont des problèmes urgents, avec des conséquences si terribles que Londres doit tenir le leadership international », affirme Sadiq Khan. Une problématique d’autant plus urgente que la population londonienne devrait passer de 8,7 à 10,5 millions d’ici 2041.

Par Clotilde Ravel
Rfi.fr