Manifestations massives en Guyane française pour la «journée morte»

La « journée morte » en Guyane a donné lieu à « la plus grosse manifestation jamais organisée » sur le territoire, de l’aveu même de la préfecture, quelques jours avant l’arrivée d’une délégation ministérielle dans ce département d’outre-mer. Alors que 250 000 personnes vivent dans ce territoire, la préfecture comptabilisait à la mi-journée entre 8 000 et 10 000 participants à Cayenne et entre 3 500 et 4 000 à Saint-Laurent-du-Maroni, les deux plus grandes villes guyanaises.

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Manifestation monstre à Cayenne ce mardi 28 mars 2017. jody amiet

A un mois du premier tour de la présidentielle française, le 23 avril, la Guyane qui connaît un fort taux de chômage et une insécurité chronique, a fait irruption dans la campagne ces derniers jours: barrages, mouvements sociaux et, depuis lundi, grève générale.

A Cayenne, beaucoup de drapeaux guyanais étaient brandis mardi, ainsi que des banderoles reprenant le slogan « nou bon ké sa » – « ça suffit » en créole – qui a fleuri ces derniers jours sur les barrages. Dans le cortège, des participants parlaient aussi d’une mobilisation « historique ». « Nous voulons que l’Etat nous donne les moyens. Ca fait trop longtemps que ça dure, l’Etat doit reconnaître la population guyanaise », a fait valoir une manifestante.

Après une affluence décevante lundi, les manifestations de la « journée morte » relèvent du plébiscite pour l’Union des travailleurs guyanais (UTG), dont les 37 syndicats membres ont voté à la quasi-unanimité l’arrêt du travail.

Le collectif des protestataires Pou La Gwiyann dékolé (pour que la Guyane décolle, qui regroupe autant des collectifs contre la délinquance et pour l’amélioration de l’offre de soins, que l’UTG ou les avocats guyanais) s’en trouve renforcé alors qu’il n’est toujours pas disposé à rencontrer une délégation interministérielle arrivée samedi.

Ce mardi soir, prenant acte « que les rassemblements qui se sont tenus aujourd’hui n’ont fait l’objet d’aucun débordement et se sont déroulés dans un esprit d’apaisement », le Premier ministre Bernard Cazeneuve a annoncé que le ministre de l’Intérieur Matthias Fekl et la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts iront mercredi en Guyane. Leur visite était initialement attendue d’ici à la fin de la semaine.

M. Fekl et Mme Bareigts « poursuivront ainsi le dialogue avec tous les acteurs économiques, sociaux, politiques et les représentants de la société civile » lancé par la mission interministérielle arrivée samedi, « en vue de la conclusion d’un pacte d’avenir ambitieux » dont la signature « pourrait intervenir dans les meilleurs délais », a ajouté Bernard Cazeneuve.

Rfi.fr