Maroc: l’embarras des autorités après la bousculade meurtrière de Sidi Boulaalam

Elles sont surnommées les « mortes de la farine » après la bousculade meurtrière de Sidi Boulaalam, à 60 km d’Essaouira, où 15 femmes sont mortes piétinées dans un mouvement de foule ce dimanche 19 novembre lors d’une distribution d’aide humanitaire. Alors que des voix s’élèvent pour dénoncer la misère persistante dans le royaume chérifien et alors que le pays avance ses atouts de pays en voie de développement, les autorités, attentives à une opinion échaudée par les revendications socio-économiques dans le Rif cette année, tentent de montrer qu’elles font leur auto-critique.

Les victimes, toutes des femmes, ont été piétinées dans un mouvement de foule à Sidi Boulaalam, un village situé dans la région d’Essaouira (sud-ouest), dimanche 19 novembre 2017

Depuis le drame de dimanche dernier, les autorités veulent montrer qu’elles se mobilisent.

Quelques heures après le drame, une délégation du ministère de l’Intérieur entendait les responsables locaux pour déterminer les éventuelles défaillances des autorités dans l’encadrement de cette opération d’aide humanitaire.

Ce mardi, le roi Mohamed VI ordonnait une réunion d’urgence pour établir un cadre réglementaire lié au déroulement des opérations de bienfaisance. Des mesures qui interviennent alors que le souverain cette année avait appelé à changer le modèle de développement du royaume chérifien qui ne correspondait pas aux attentes des Marocains, avait-il dit. Des propos qui interviennent en écho aux revendications socio-économiques qui ont secoué le Rif cette année.

Depuis, quatre ministres en exercice et près d’une dizaine de hauts responsables ont été limogés ou sanctionnés pour leur manque d’implication dans les programmes de développement dans la région d’Al Hoceima.

Pour se prémunir d’autres mouvements de contestation liés aux besoins de base et aux critiques de la presse et de la société civile, le roi le souligne désormais dans presque tous les discours que la reddition des comptes est la règle pour les serviteurs de l’État.

Après les manifestations de la soif à Zagora courant octobre dans l’extrême sud du pays, on parle désormais de « martyrs de la farine » dans la région d’Essaouira.

Des difficultés liées notamment à un retard de pluie inquiétant pour la période de l’année pour un pays qui subsiste principalement pour moitié grâce à l’agriculture.

C’est sur cette place du marché de Sidi Boulaalam, un village situé dans la région d’Essaouira (sud-ouest du pays), que 15 femmes sont mortes piétinées dans un mouvement de foule lors d’une distribution de farine, d’huile et de sucre, le 19.11.2017. © REUTERS/Youssef Boudla

Rfi.fr