En meeting à Paris, François Fillon défend son épouse, Penelope

« Que l’on laisse ma femme en dehors de ce débat politique », a imploré le candidat (LR) à la présidentielle. Depuis les révélations du « Canard enchaîné », le couple est au cœur d’un scandale.

Cerné par des soupçons sur les activités de son épouse et ses rémunérations, François Fillon a riposté, dimanche 29 janvier, lors du premier grand meeting de sa campagne à la Villette, à Paris. De manière symbolique, le candidat de la droite est entré sur scène accompagné de son épouse sous les acclamations de plusieurs milliers de personnes.

François Fillon en meeting à La Villette, à Paris, le 29 janvier 2017
François Fillon en meeting à La Villette, à Paris, le 29 janvier 2017 ERIC FEFERBERG

« Depuis le début, Penelope est à mes côtés, avec discrétion, avec dévouement. J’ai construit mon parcours avec elle. Nous n’avons rien à cacher, notre seul compte en banque est au Crédit agricole de Sablé », a déclaré M. Fillon, avant de se dire victime d’une machination : « A trois mois de l’élection présidentielle, comme par hasard, on construit un scandale. A travers Penelope, on cherche à me casser. Moi, je n’ai peur de rien, j’ai le cuir solide. Si on veut m’attaquer, qu’on m’attaque droit dans les yeux, mais qu’on laisse ma femme tranquille. » Et de prétendre : « C’est plus que ma personne qui est dans leur viseur : c’est une haute idée de la France qu’on veut abattre en vol. »

« A vous, je fais le serment de donner tout ce qu’un patriote peut donner à son pays. Je vous donnerai tout : ma détermination, ma vaillance, ma volonté de vaincre », a-t-il promis. « Ils croyaient nous avoir torpillés, ils croyaient nous avoir abattus et vous êtes là ! », a-t-il lancé devant ses partisans, en les appelant à la mobilisation, au moment où sa campagne connaît de sérieuses difficultés : « Ne cédez à aucune intimidation, ne lâchez aucune de vos valeurs. Soyez plus grands que ceux qui nous mitraillent ! »

Prévu depuis de longues semaines, ce meeting était censé lancer la campagne du vainqueur de la primaire de la droite. Mais l’actualité a obligé M. Fillon à adapter la tonalité de cette grande réunion. Pendant tout le meeting, les caméras se sont arrêtées longuement sur Penelope Fillon, assise au premier rang, les yeux embués. Comme sur TF1 jeudi soir, M. Fillon n’a pas hésité à mettre en scène son couple : « Devant vous mes amis, je veux dire à Penelope que je l’aime et que je ne pardonnerai jamais à ceux qui ont voulu nous jeter aux loups. »

Une enquête préliminaire ouverte

Depuis mardi soir, la campagne de M. Fillon est perturbée par plusieurs révélations potentiellement dévastatrices pour le candidat. Les principaux soupçons portent sur l’emploi de collaboratrice parlementaire de Mme Fillon par son mari, puis par son suppléant devenu député, Marc Joulaud. Le Canard enchaîné affirme que Penelope Fillon aurait été rémunérée 500 000 euros sans avoir réellement travaillé. Après l’ouverture d’une enquête préliminaire, mercredi, les premières auditions ont commencé le lendemain. François Fillon a demandé à être entendu rapidement.

Toujours selon le journal satirique, qui dit ne pas avoir trouvé trace de ces activités, la femme de l’ex-premier ministre a également perçu un total de 100 000 euros brut pendant vingt mois pour une collaboration à La Revue des deux mondes. « Les niveaux de rémunération évoqués sont faux. On mélange le brut et le net. Je donnerai tous les éléments aux enquêteurs », déclare François Fillon dans Le Journal du dimanche.

Dimanche après-midi, ses partisans ont hué longuement à chaque fois que l’affaire était évoquée et ont applaudi les différentes prises de parole sur le sujet, par exemple celle de Virginie Calmels, première adjointe d’Alain Juppé à la mairie de Bordeaux : « La bourrasque de cette semaine, c’est le lot de toutes les campagnes électorales, qui consiste à tirer à boulets rouges sur le favori. Cette bourrasque, nous l’affronterons avec vous. » « Notre candidat est devenu l’homme à abattre (…) A cette opération orchestrée, il faut opposer notre solidité et notre unité », a abondé Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, sous les yeux d’Alain Juppé assis au premier rang. Et d’ajouter : « Nous sommes ton bouclier, pas question de rester planqués dans les soutes ! »

Avant son meeting, François Fillon s’est déjà dit prêt, dans une interview au Journal du dimanche, à se battre « jusqu’au bout » contre les « forces » qui sont, selon lui, à l’origine des révélations sur les activités de son épouse et ses rémunérations, dont il conteste les montants parus dans la presse. « Je ne me laisserai pas abattre » et « vais me battre de toutes mes forces. Et jusqu’au bout », assure-t-il.

M. Fillon se dit la cible d’un complot

Comme Nicolas Sarkozy il y a peu, le vainqueur de la primaire de la droite se dit la cible d’un complot. « Comment imaginer un seul instant que cette affaire ne soit pas montée de toutes pièces pour m’abattre ? », dit-il, sans donner de preuves de ce prétendu complot. Un refrain également entonné par Eric Ciotti, qui a dénoncé un « acharnement » contre le candidat de la droite pour le « détruire et éviter l’alternance ».

M. Fillon pourrait, en outre, être inquiété par une autre affaire, celle des caisses occultes de sénateurs de l’ex-UMP. Le candidat de la droite n’est pas visé par l’enquête en cours sur des soupçons de détournement de fonds publics au profit de sénateurs de l’ex-UMP, mais il aurait perçu des sommes provenant de cette cagnotte. Le Journal du dimanche affirme qu’entre 2005 et 2007, quand il était sénateur de la Sarthe, « François Fillon a perçu sept chèques à son nom » pour « un montant total de l’ordre de 21 000 euros » correspondant à des « reliquats de crédits d’assistants ». Pour Mediapart, il « s’est mis dans la poche une partie des crédits théoriquement réservés à la rémunération d’assistants, grâce à un système de commissions occultes ». L’entourage de M. Fillon a refusé de commenter « une affaire judiciaire en cours ». Le député (LR) Eric Ciotti a assuré sur France Info que cette affaire des caisses occultes du Sénat « ne concerne ni directement ni personnellement François Fillon ».

Alexandre Lemarié et Matthieu Goar
LeMonde.fr