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Micro trottoir sur le phénomène de la Pâques (Pakinou) en pays baoulé

La fête de la Pâques qui a eu lieu du vendredi 30 mars au lundi 2 avril, s’est achevée. La fièvre des festivités a donc baissé un peu et nous pouvons enfin nous pencher véritablement sur ce phénomène. En effet, cette fête religieuse Chrétienne est aujourd’hui devenue en Côte d’Ivoire un véritable phénomène social principalement chez les Baoulé. Ils en ont fait un événement spécial dénommé “Pakinou” à telle enseigne que toutes les entreprises, même les multinationale adapte leurs communications pour coller à ce phénomène.

Vu l’exode massif du peuple Baoulé vers leurs zones et régions d’origine, vu le ras de marrée et la quasi excitation que la “Pakinou” crées dans les gares routières, dans les maquis et dans les lieux de loisirs, on mesure la dimension et l’importance de la chose.
Voilà pourquoi nous avons tendu notre micro à des personnes, célèbres ou pas célèbres, qui sont des Baoulé ou pas Baoulé, pour nous donner une explication.

• Kajeem (Artiste chanteur) :

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“C’est une réappropriation de la fête de Pâques que j’approuve totalement. Par la force des choses cela est devenu un vecteur de développement en pays Baoulé car le week-end pascal étant bien long et se situant après les récoltes, c’est l’une des rares occasions sinon la seule qui permette aux Baoulés planteurs en zones forestières et leurs frères travailleurs dans les grandes villes, de se retrouver tous ensemble pour penser développement du village et de la région.

Moi étant Baoulé, je suis malheureusement un homme très occupé. Je n’ai donc pratiquement pas le temps d’y participer, mais j’aime beaucoup l’ambiance du Pakinou !”

• Marie Gisele Yao (Directrice Générale d’entreprise) :

La “Pakinou” est une bonne chose, car ça permet aux mutuelles de faire des réalisations dans le but de développer les villages. C’est un long week-end qui permet les retrouvailles, après le stress durant un an, du boulot, de la vie au quotidien. Agni de naissance, je suis devenue Baoulé par le mariage (Rires), donc je participe comme je peux à la “Pakinou” aux côtés de mon mari et les siens. Il peut m’arriver de rater cette fête, pourquoi pas ? Cela dépend de mes engagements à Abidjan dans la période indiquée.

A Morofê, chez mes beaux parents, cela reste dans le cadre religieux de la fête pascale dédié à Jésus-Christ. Par contre à Assanou, chez ma belle-mère c’est différent. Avec leur mutuelle, la MUDAS, sans la Pâques on ne peut pas se réjouir, car c’est la période pour faire le bilan de tous les projets réalisés et à réaliser. Malheureusement cette année j’ai été absente pour des raisons d’agenda, mais nous avons fait mon époux et moi ce que nous devons faire auprès des parents pour bonne “Pakinou”.

• M. Jean Paul Kassi (Opérateur économique – mécène culturel) :

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“Sachant que l’Afrique est le berceau de l’humanité, la Pâques ne peut qu’appartenir aux Baoulé ! La preuve, c’est le seul dialecte où on réussi à trouver la traduction du mot Pâques : « Pakinou ». Par déduction nous n’avons fait que récupérer ce qui nous appartient. Pour être plus sérieux, je pense que c’est parce que le week-end de Pâques est le plus long après les récoltes qui puisse permettre aux Baoulés installés en zone forestière et ceux résidant en ville, pour qu’ils se croisent au village en vue de se pencher sur le développement de leurs localités. Si on rate cette occasion, il n’existe plus de week-end aussi long permettant à tous les membres de la famille de se retrouver en même temps au village. Voilà un peu l’explication de cet exode des Baoulé vers le Centre en période de “Pakinou”.

• Mme Pauline Weber (Ivoirienne vivant en France) :

“Cela vient à point nommé, car la Pâque coïncide avec le temps de répit pour nos parents paysans Baoulés installés en zones forestières. Ils viennent de finir les récoltes, ils sont donc financièrement à l’aise. C’est donc la période propice pour régler litiges et problèmes familiaux laissés en suspens à cause de l’absence ou l’éloignement de certains protagonistes.

Donc la récupération de la Pâque par les Baoulés est bien nécessaire, car cela offre un long week-end pour que tous les enfants d’une même famille qui sont éloignés, de se retrouver tous ensemble pour régler les problèmes de la famille ou du village. Dommage, moi je ne vis pas au pays, sinon, pour rien au monde, je ne raterai pareille occasion. Nous les Baoulé qui sommes loin du pays, ça nous manque. Pakinou yôfèè hoooo…”

• Sylvestre Bony (Réalisateur cinéma, homme de culture)

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“Seul le long week-end pascal permet chez les Baoulés qu’au moins une fois dans l’année tout le monde se retrouve au village, d’où cette récupération de la Pâque par nos frères du Centre. Au delà des festivités, l’idée première c’est surtout les retrouvailles qui permettent de réfléchir sur le développement local.

C’est la seule période où les cadres et les paysans sont tous présents et peuvent être mis à sur les projets portés par les jeunes. Ainsi, des cotisations peuvent être levées pour financer des coopératives. C’est une bonne récupération qui peut permettre de faire des prévisions pour des échéances électorales.

Je ne suis pas Baoulé malheureusement, mais je pense que le revers de la médaille, c’est qu’au delà de l’aspect développement et activités socio-économiques, certains sacrifient trop d’opportunités juste pour une fête à ne pas rater. Et rien que pour être présent au village, des gens font des choses impensables. Par exemple : on ment à son patron pour dire qu’on a perdu un parent. Ou bien des employés qui disparaissent carrément sans même informer le patron. Je pense que ces petites choses ternissent l’image de la “Pakinou”, sinon en gros c’est une bonne chose du point du vu développement.”

• Betina Koffi (Enseignante – Baoulé)

“Pakinou, c’est une bonne chose parce que c’est le seul long week-end de l’année pour les travailleurs. Et c’est aussi une période propice après les récoltes pour les planteurs de se retrouver au village en même temps que les frères travailleurs en ville. Pendant ce long week-end on peut parler des choses de la famille, du village et de la région.

Bien au delà des festivités, c’est d’abord la volonté de se retrouver tous pendant un long week-end afin de réfléchir et travailler au développement du village. Moi personnellement, ce n’est pas une priorité pour moi. Je peux y participer physiquement comme ne pas le faire. Aujourd’hui avec l’insécurité sur nos routes, je ne fais pas de “Pakinou” une obsession comme je le vois chez certains Baoulé…”

• Annick Kouassi (Cadre d’entreprise)

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“Le peuples baoulé est très cultivateur. Or il se trouve que dans la plus part des régions baoulé il n’y a presque pas de forêt. Donc les villageois se sont déplacés dans les zones forestières pour travailler la terre. La vente des cultures se fait juste après la fête de janvier. Donc il se trouve que la fête de Pâque avec sont long week-end est le meilleur moment pour que les baoulé travailleurs des villes et leurs frères planteurs en zone forestières se retrouvent au village pour penser au développement de leur région.

À l’origine c’était ça. C’est un moment de retrouvailles et d’échanges car les parents qui sont loin ne peuvent pas aller au village facilement. C’est seulement après la vente des cultures, quand ils ont de l’argent qu’ils peuvent contribué au développement du village et faire face à certaines obligations.

Maintenant comme je te l’ai dit plus haut, la plus part des villages qui fêtent “Pakinou” sont les villages où il n’y a pas de forêt. Moi dans mon village à Sakassou, nous sommes entourés de forêts et d’eau. Donc on ne fête pas Pâque de la même façon, car les villageois n’ont pas eu besoin de se déplacer pour faire des plantations ailleurs, ils sont restés sur place. Nous on fait nos réunions pour le développement du village pendant les grandes vacances scolaires, seule période dans notre cas où tout le monde est disponible. Élèves, étudiants, travailleurs, planteurs etc. Donc moi particulièrement à Pâques je ne bouge pas. Je suis chez moi à Korhogo, je prie Jésus-Christ et je me repose.”

• DJ Jojo (Akobo – artiste chanteur)

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“Ce n’est pas forcément une récupération que les Baoulé ont fait sur la Pâques Chrétienne. La célébration religieuse est là, elle existe toujours et parmi les Baoulé, ceux qui sont Chrétiens consacrent leur temps et leurs activités à la manifestation de Jésus-Christ. Mais il y’a aussi un autre aspect, car c’est aussi pour nous peuple Baoulé, une période creuse donc favorable au rencontres familiales pour discuter des projets du village et pour faire des rencontres entre frères puisque qu’à ce moment de l’année il n’y a pas assez
d’activités champêtres. Vu que les récoltes viennent d’avoir lieu, les gens ont un peu d’argent sur eux pour s’occuper de leur familles. Donc moi je parlerai plutôt d’une coïncidence qui a fait que ça tombe sur la fête religieuse. En tout cas nous, Akobo System et tous les autres artistes Baoulé, il n’y a pas de repos pendant cette période car c’est notre temps de café cacao… Merci et bonne fête de Pâque à tous et à toutes.”

Propos recueillis par Bakou Le First

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