La mort d’une joueuse de foot de la Gambie en Méditerranée symbolise le drame de ce pays

Des milliers de Gambiens quittent ce petit pays pauvre et dirigé par un dictateur.

C’est un drame parmi tant d’autres. Mais au milieu de la Méditerranée, son écho est plus large, car la victime plus connue que d’autres.

Fatim Jawara, gardienne de but de l’équipe nationale de football de Gambie, est morte le mois dernier, noyée dans la mer Méditerranée alors qu’elle tentait de la traverser pour rejoindre l’Europe, selon son ancien entraîneur, cité par le journal britannique The Guardian. La footballeuse n’était âgée que de 19 ans et avait participé à la Coupe du monde féminine des moins de 17 ans en 2012, en Azerbaïdjan.

Capture d'écran d'une photo de Fatim Jawara sur Facebook. DR
Capture d’écran d’une photo de Fatim Jawara sur Facebook. DR

Jawara avait quitté la Gambie en septembre dernier pour traverser le Sahara et rejoindre la Libye où de nombreux migrants africains se rendent pour ensuite entreprendre la traversée vers l’Europe, note The Guardian.

«J’ai appris la nouvelle et cela m’a vraiment choqué. Cette jeune fille était un grand talent en devenir et était promise à d’autres horizons. Nous sommes très tristes à la Fédération gambienne de football», a déclaré sur Facebook le président de la Fédération nationale, Lamin Kabba Bajo.

Un trajet risqué vers l’Europe

Dans un curieux parallélisme, nous racontions il y a quelques jours sur Slate Afrique la destinée autrement plus heureuse d’Ousman Manneh, un adolescent gambien qui a réussi à rejoindre l’Allemagne, à 17 ans, en 2014 et est depuis devenu footballeur professionnel sous les couleurs du Werder Brême.

Ousman Manneh et Fatim Jawara avaient le même âge, jouaient tous les deux au football à un haut niveau en Gambie, mais la Méditerranée leur a offert un destin différent.

Petit pays enclavé dans le Sénégal, la Gambie compte parmi les Etats les plus pauvres au monde en plus d’être une terrible dictature. Quasiment chaque famille compte son candidat au départ. Comme nous le racontions, les Gambiens ont un nom pour ce trajet risqué vers l’Europe: «the backway», disent-ils en anglais, la langue nationale. Une appellation qui peut se traduire par «le chemin du retour». Car beaucoup de migrants échouent dans leur entreprise et reviennent au pays – dans le meilleur des cas. Selon l’Organisation mondiale pour les migrations, les Gambiens représentent le quatrième contingent de migrants par nationalité le plus important à arriver en Italie par la mer.

L’une des plus petites nations d’Afrique est l’un des plus gros contributeurs au flot de migrants »écrivait le quotidien américain le Washington Post dans un reportage sur place.

Depuis le début de l’année 2016, 3.800 migrants sont morts en tentant de traverser la Méditerranée.

Slate Afrique