Moscou et Pékin s’opposent à des sanctions visant la Syrie

La Russie et la Chine ont bloqué mardi des sanctions contre la Syrie pour son utilisation d’armes chimiques, marquant le premier grand désaccord entre Washington et Moscou au Conseil de sécurité depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Vladimir Poutine l’avait encore martelé quelques heures avant le vote : imposer des sanctions « n’aiderait pas le processus de négociations » pour la paix en Syrie, le président russe qualifiant d’éventuelles mesures contre le pouvoir syrien « d’inopportunes » dans le contexte des pourparlers laborieux menés à Genève sous l’égide de l’ONU.

Le régime de Bachar el-Assad aurait mené au moins trois attaques chimiques en 2014 et 2015.Le régime de Bachar el-Assad aurait mené au moins trois attaques chimiques en 2014 et 2015.


Cela « ferait juste du tort ou minerait la confiance » envers ces négociations, a-t-il souligné mardi à Bichkek, au Kirghizstan.

« Cette résolution est très opportune », a rétorqué l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Nikki Haley, devant les membres du Conseil.

« C’est un triste jour pour le Conseil de sécurité quand les membres commencent à trouver des excuses à d’autres États membres qui tuent leur propre peuple », a-t-elle ajouté après le vote. « Le monde est sans aucun doute plus dangereux » après ce rejet.

Les États-Unis et la Russie sont chacun impliqués sur le terrain en Syrie, Washington à la tête d’une coalition internationale luttant contre le groupe djihadiste État islamique et la Russie en soutien de son allié Bachar al-Assad.

Les Européens s’étaient montrés inquiets ces dernières semaines d’un éventuel changement de position radical des États-Unis vis-à-vis de la Russie après l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration Trump.

Mais sur le dossier syrien, Washington s’est de nouveau rangé du côté du Royaume-Uni et de la France en se ralliant à leur projet de résolution, qui proposait des sanctions contre 11 responsables syriens, principalement des chefs militaires, et 10 organismes, tous en lien avec l’utilisation d’armes chimiques en Syrie.

Septième veto

Le texte a finalement reçu neuf votes en sa faveur et trois votes contre : ceux de la Chine, de la Russie et de la Bolivie. Le Kazakhstan, l’Éthiopie et l’Égypte se sont abstenus.

C’est la septième fois que Moscou, le principal allié de Damas, utilise son veto pour protéger le régime de Bachar al-Assad face aux sanctions de l’ONU. La Chine, autre membre permanent du Conseil de sécurité doté du droit de veto, a rejoint la Russie pour bloquer six de ces sept résolutions.

La nouvelle proposition de sanctions faisait suite à une enquête conjointe menée par les Nations unies et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), qui a conclu en octobre que le régime syrien avait mené au moins trois attaques avec des armes chimiques en 2014 et 2015 contre les villes de Tell Mannas, Qmenas et Sarmin.

Les enquêteurs avaient déterminé que les jihadistes du groupe État islamique avaient eux aussi utilisé de l’agent moutarde en 2015.

L’ambassadeur de Chine auprès des Nations unies Liu Jieyi a estimé que ces sanctions auraient été prématurées. « L’enquête est encore en cours et il est trop tôt pour parvenir à une conclusion », a-t-il dit au Conseil.

L’ambassadeur français François Delattre avait lui qualifié ce vote de « moment de vérité », estimant que l’utilisation d’armes chimiques équivalait à la « négation de toute civilisation ».

L’ambassadeur adjoint russe à l’ONU, Vladimir Safronkov, a lui dénoncé une «provocation» de la «troïka» occidentale et, en écho au président Poutine, a affirmé que des sanctions saperaient l’avancée des pourparlers de paix.

À Genève, les négociations patinent depuis leur ouverture jeudi dernier, butant sur des questions de procédures et sur le fossé immense qui sépare toujours les deux parties. L’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura enchaîne les rencontres bilatérales avec les délégations syriennes, mais la perspective de négociations directes entre belligérants apparaît très éloignée.

Vladimir Poutine a fait allusion à ces difficultés mardi, reconnaissant depuis Bichkek que « tout ne se passe pas aussi facilement qu’on le voudrait ».

Les discussions achoppent notamment sur la volonté de la Russie de faire de la lutte contre le terrorisme une priorité à l’agenda, ce qui pourrait aliéner certains groupes d’opposition ayant des liens avec des combattants islamistes.

La Syrie nie avoir utilisé des armes chimiques dans ce conflit qui a fait plus de 310 000 morts depuis 2011.

ledevoir.com