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Yopougon / Prostitution déguisée : Les vendeurs de vêtements nouvelles cibles des jeunes filles, de grands secrets dévoilés !

La jeunesse ivoirienne est en perte de repères. Surtout moraux. Et le mal est de plus en plus profond. Après les phénomènes de tontine de sexe, drogue en milieu scolaire ou avortements grandissants, la prostitution refait surface avec une nouvelle variante. De nos jours, à Abidjan, précisément dans la commune de Yopougon, des jeunes filles, dont l’âge varie entre 16 et 25 ans, adeptes du gain facile, n’hésitent pas à vendre leur corps pour subvenir à leurs besoins matériels. Mais, plutôt que de vivre au crochet des hommes et de se plier à leurs exigences, elles ont opté pour une autre solution plus directe : proposer une partie de sexe à des marchands en échange de certains accessoires, notamment vestimentaires. Nous avons enquêté. Le récit d’une histoire affligeante.

Abidjan. Yopougon. Synonyme de la joie, de la fête et des femmes. La commune compte plus d’un million d’habitants, selon les chiffres en vigueur. C’est d’ailleurs la plus grande commune de la ville. Chaque jour, à Yopougon, il se passe quelque chose de nouveau. Et pour le moins qu’on puisse dire, la commune est devenue aujourd’hui le théâtre d’une nouvelle forme de prostitution.

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Leur mode opératoire

En effet, il nous revient de façon incessante que des jeunes filles dont l’âge varie entre 20 et 25 ans, en manque d’argent, mais en quête d’une nouvelle garde-robe, proposent d’offrir leur corps à des marchands en échange de quelques articles de leurs choix. Une solution qui s’avère beaucoup plus directe.

A première vue, ces jeunes filles, telles de véritables chasseresses, ciblent les magasins contenant les vêtements qu’elles convoitent particulièrement. Une fois, cette étape franchie, elles se vêtissent de robes ou jupes courtes et de décolletés sexy. Objectif : mettre en valeur leurs atouts physiques. Avec un numéro de comédie mêlé à un jeu de séduction, elles parviennent ainsi à leurs fins.

Des témoignages édifiants

Mamadou, un vendeur de vêtements et de chaussures, âgé de 28 ans, et dont le magasin se situe au marché de Kouté, a été le premier à passer aux aveux.

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« Un après-midi, juste avant la fête de Pâques, aux environs de 16 heures, j’étais à mon magasin quand j’ai aperçu à l’entrée, une jeune fille portait une petite robe de couleur blanche fleurie. Elle était très jolie et avait de belles rondeurs. Elle est entrée, m’a salué, a longtemps épluché du regard les articles, puis a porté son choix sur des jeans, des bodys et trois paires de chaussures. Le tout coûtait 20 000 FCFA.

Alors, elle a commencé un véritable jeu de séduction. Elle s’est mise à se toucher sensuellement devant moi, avant de me lancer : ‘‘tu préfères que je te paye en argent ou en nature ?’’. J’ai tout de suite su là où elle voulait en venir. Etant un homme, j’ai tout de suite accepté sa proposition et nous avons fait l’amour à l’arrière-boutique. Après nos ébats, elle m’a laissé son numéro et est partie avec les articles, comme convenu », nous a expliqué notre interlocuteur.

Comme Mamadou, Doukouré, 22 ans, un vendeur de bijoux et autres accessoires pour dames, a vécu une situation similaire. Mais à la différence de son confrère, il s’est montré plus entreprenant.

« J’ai reçu une cliente de teint clair, âgée d’environ 20 ans, qui voulait connaître le prix d’un bracelet et d’une montre en or plaqué. Elle trouvait ces objets beaux et voulait se les offrir. Ces deux objets étaient à 10.000 F. Alors, elle m’a fait savoir qu’elle n’avait pas assez d’argent. Je la trouvais ‘’zoo’’ (jolie, en langage argotique ivoirien), et comme elle semblait désespérée, je lui ai dit que je lui offrais ces objets si elle me donnait un coup. Et elle a accepté.

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Il était presque l’heure de la fermeture de mon magasin. Donc, je lui ai donné les objets qu’elle désirait et nous avons pris la direction d’un abri de fortune où j’ai fait mon ‘‘un coup’’ », a avoué le jeune homme.

Une attitude malsaine qui ne dit pas son nom !

Face à ces révélations, nous décidons de mener des investigations, afin d’y voir plus clair. Lundi 22 avril. Après la fête de Pâques. Nous prenons nos repères au Marché de Kouté, sur le tronçon reliant le carrefour du Palais de justice à celui de l’église catholique Saint-Laurent.

Avec l’aide d’un collaborateur, nous parvenons à louer une boutique fabriquée de toutes pièces où nous posons une panoplie de vêtements neufs dernier cri, que nous avons spécialement empruntés pour les besoins de cette enquête. Après plusieurs jours, nous faisons la connaissance de Raïssa, une jeune femme de 21 ans, venue effectuer quelques emplettes. Ses formes arrondies étaient mises en évidence dans la robe moulante et sexy qu’elle portait. De plus, son teint éclatant faisait rayonner le magasin. Raïssa était du genre très entreprenante. Et elle assume.

« Aujourd’hui, on ne fait plus rien avec les bonnes mœurs. Ce n’est pas le fait d’être sérieuse qui va faire qu’on va se nourrir ou s’habiller. Si tu ne vends pas ton corps pour avoir de bons habits pour t’habiller, tu vas rester là à continuer à regarder tes camarades qui portent les jolis habits et les envier.

Quelques fois quand tu sors avec un homme à qui tu demandes de l’argent, il va te parler mal ou te traiter de tous les noms, avant de te donner cet argent. Donc, c’est mieux d’aller directement à la source. Qui ne risque rien à rien. Moi je ne regrette rien », a révélé la jeune dame.

Son amie, Syntiche, 25 ans, est aussi de cet avis. Mais cette dernière explique par la même occasion, agir de la sorte par simple désespoir.

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« Ce sont les problèmes qui nous emmènent à faire cela. Si j’avais eu une vie normale, je ne vendrais pas mon corps pour de l’argent ou du matériel. Mon père a abandonné ma mère quand j’étais encore très petite et ma mère est décédée plus tard, des suites d’une maladie.

Etant l’aînée, j’ai à ma charge mes 4 petits frères et sœurs. Je suis obligée de me prostituer pour subvenir à mes besoins et ceux de mes cadets. Donc ce que j’ai trouvé à faire, c’est de donner mon corps pour avoir de quoi me vêtir et vêtir mes frères. Le reste, je gère à ma façon », a avoué Syntiche sans en dire plus.

Aidons-les si nous pouvons…

De ce qui ressort, l’on constate clairement que certaines filles s’adonnent à la prostitution malgré elles, afin de survivre  dures aux épreuves de la vie auxquelles elles sont confrontées. D’autres, par contre, se prostituent par pure fantasme et sans réel motif. La bonne nouvelle dans tout ce branle-bas, est qu’elles affirment au moins exiger le port du préservatif qu’elles possèdent toujours sur elles.

Dans tous les cas, cette affaire douloureuse révèle comment des jeunes dames désespérées sont prêtes à tout pour gagner de l’argent. Leur motif se résume à la pauvreté, tout court. Ce qui explique la recrudescence de la prostitution ces dernières années.

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Pourtant, il existe plusieurs moyens de gagner sainement sa vie. Il existe notamment la possibilité de sensibiliser les jeunes femmes démunies sur l’entrepreneuriat ou mettre en place le parcours de sortie de la prostitution par l’insertion sociale et professionnelle pour accompagner ces femmes.

De nombreux citoyens pensent également qu’il faut une véritable moralisation de la vie publique, venant de l’Etat, dans cette nouvelle ère où « les valeurs morales ont foutu le camp ».

Nous sommes tous concernés. Il faut agir avant d’éviter le pire…

Enquête réalisée Joe Midelli

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