Le «Penelopegate» rebat les cartes de la présidentielle

A 79 jours de la présidentielle, la campagne s’emballe, pour des raisons aussi politiques que judiciaires. En effet, à droite, la semaine a été marquée par les nouvelles révélations du « Penelopegate ».

La question se pose de plus en plus à droite : François Fillon peut-il tenir ? L’émission Envoyé Spécial sur France 2 en a remis une couche jeudi 2 février. Mais, comme si de rien n’était, François Fillon était le même jour en meeting à Charleville-Mézières dans l’Est de la France. Premier retour sur le terrain depuis le début de la polémique. Un déplacement compliqué : il s’est fait insulter à plusieurs reprises lors de ses étapes du jour. Et cela risque de se reproduire. Mais il encaisse, s’accroche. Il l’a redit hier soir : il ne compte pas baisser les bras. « Je suis actuellement sous le feu continu des attaques. Ces attaques ne sortent pas de nulle part, elles ont été mijotées dans les arrières-cuisines ! Pour ma part, je réponds aux enquêteurs et je leur confie toutes les informations nécessaires à la vérité. J’ai confiance dans leur travail et je souhaite que la justice tranche rapidement cette affaire ».

François Fillon ne parvient pas à s’extirper des soupçons d’emploi fictif qui pèsent sur son épouse. REUTERS/Pascal Rossignol

Ce même jeudi matin, il a demandé à ses troupes de le soutenir encore quinze jours. Mais certains sont trop inquiets pour attendre. Le premier coup de poignard a été donné quelques minutes après la rencontre entre le candidat Les Républicains et les élus de son camp par Georges Fenech : « compte tenu des évènements judiciaires qui sont en train de se dérouler, les primaires sont caduques. Et je crois qu’à l’heure des grandes échéances nationales, notre pays qui a besoin d’un redressement ne doit pas être embarassé par des affaires judiciaires qui nous rendent totalement inaudibles – il faut bien le dire – sur le terrain ».

Le député sarkozyste lance un appel à ses collègues : il demande la convocation rapide d’un Conseil national des Républicains, afin que le parti soit prêt en cas de défection.

La liste des plans B s’allonge

François Baroin, Gérard Larcher, etc. plusieurs noms circulent. Le député Philippe Gosselin a carrément demandé à Alain Juppé de revenir. Mais il en faudra plus pour le faire sortir de sa retraite bordelaise. L’ancien Premier ministre a sa fierté. Si c’était lui l’éventuel plan B, il pourrait se faire désirer. Etre le sauveur sinon rien !

Benoît Hamon reçu jeudi matin par François Hollande

Pas de tapis rouge ni de poignée de mains devant les caméras entre le candidat du Parti socialiste et le Président de la République. Mais en recevant le vainqueur de la primaire de la Gauche à l’Elysée, le chef de l’Etat a fait un geste envers son camp, un petit geste. Souvenez-vous. Il avait ostensiblement snobé la primaire de la Belle alliance populaire en allant au théâtre ou dans le désert chilien. Mais on est encore loin d’un soutien franc et public du président sortant à son ancien frondeur.
Un tête à tête que Benoît Hamon lui même a eu du mal à définir : « c’était un échange… (il hésite) très riche ».

Benoît Hamon qui refuse de parler d’un passage de témoin avec François Hollande. Hors de question de s’enchaîner au bilan du quinquennat qu’il a tant critiqué.
Le candidat sera investi dimanche. Mais toute la famille de gauche ne sera pas forcément là, la fronde a laissé des traces… On ne sait pas si tous les ministres seront présents ni si Benoît Hamon glissera un mot pour François Hollande.

Pendant ce temps, Emmanuel Macron engrange des points

Quand le malheur des uns, fait le bonheur des autres… Dans les sondages, l’ancien ministre de l’économie passe devant François Fillon pour la première fois.
De plus en plus de socialistes désœuvrés le rejoignent après la défaite de Manuel Valls à la Primaire, au risque de casser la position officielle d’En Marche, « et de droite et de gauche ». Ces derniers jours, Emmanuel Macron a donc multiplié les clins d’œil à droite et tendu la main aux centristes et à François Bayrou, comme mercredi 1er février sur TF1. « Il y a beaucoup de ses anciens compagnons de route qui nous ont rejoint ! Et je pense, j’espère qu’il prendra lui même ses responsabilités dans les jours, les semaines qui viennent. […] J’accueille toutes les françaises et tous les français qui se retrouvent dans ce projet clair. »

L’agenda politique du week-end

Déplacement symbolique samedi 4 février de Benoît Hamon à Forbach, terre ouvrière convoitée par le Front national. Avant son intronisation comme candidat le lendemain.
Le FN se réunit à Lyon tout le weekend pour des « assises présidentielles ». Marine Le Pen va y présenter les grandes lignes de son programme. En riposte, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ont organisé des meetings eux aussi à Lyon, respectivement samedi et dimanche. Jean-Luc Mélenchon qui sera d’ailleurs en double à cette occasion, puisqu’il sera physiquement présent à Lyon et en hologramme à Paris ! François Fillon, quant à lui, devait se rendre au Liban et en Irak ce week-end. Voyage annulé à cause, bien sûr, du « Penelopegate ».

La petite phrase de la semaine

Celle d’un proche de Nicolas Sarkozy à propos de François Fillon : « Même s’il ne le voit pas, il est déjà mort ».

Julien Chavanne
Rfi