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Interview avec le directeur du MASA : « La Côte d’Ivoire va produire 70% du Budget du MASA »

En prélude au prochain MASA qui se tiendra en début de mois de Mars de l’an 2020, la sélection et la délibération pour les artistes qui devront y participer se sont tenues à Abidjan. Nous avons rencontré le Directeur pour en savoir plus sur les innovations et les perspectives de cette prochaine édition qui s’annonce flamboyante.

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Entretien….

ABS : Abidjan va vivre en début de mois de Mars une autre édition du MASA (Marché des arts du spectacle d’Abidjan). Pourquoi finalement le dernier A du MASA est-il devenu Abidjan au lieu de « Africain » ?

DGM : C’est juste pour rappeler que l’Afrique est un continent et que les gens qui vivent sur ce continent apportent leur vitalité vitalité pour le construire.
Et nous, ce que nous voulons, c’est de mettre en valeur les villes africaines, de les remettre sur la carte du monde et évidemment sur la carte d’Afrique. C’est pour cette raison que, depuis 2018, on a choisi de substituer à l’épithète « africain », le terme « Abidjan », du nom de la ville où se déroule le Masa.

ABS : Alors, monsieur le Directeur, quelles sont vos impressions pour ces six jours de délibération sur le choix des artistes quand on sait que depuis quelques temps, vous avez milité en faveur de plusieurs participants ?

DGM : Mes premiers mots seront des mots de remerciements à l’endroit des experts du monde entier qui se sont associés à ce travail de sélection, qui n’est pas du tout facile. Ils ont apporté de la crédibilité professionnelle et technique au MASA. Parce qu’une manifestation aussi grande que le MASA repose essentiellement sur des hommes. Moi, je pense d’ailleurs que toute activité ou réalisation humaine de qualité repose sur la valeur des hommes qui sont à la base.
Le MASA est riche de plusieurs éditions et jamais la phase de sélection des participants n’a été remise en question ; et cela, on le doit aux experts qui sont en charge de cet aspect de l’organisation.
Le rôle du MASA en tant qu’administration, c’est de lancer les appels à candidatures, de recueillir ces candidatures et de les mettre à la disposition des experts pour qu’ils fassent le meilleur choix. Et cette année, leur avis général c’est que l’offre est excellente et abondante même s’il y a des pays qui semblent avoir des positions très dominantes dans des secteurs bien définis. Aujourd’hui on peut considérer que la masse critique au niveau de chacune de ces disciplines est largement dépassée tant à l’intérieur de l’Afrique que dans le cercle des Africains de la diaspora qui postulent également.

Pour la prochaine édition, le thème retenu est « l’Afrique-monde ». Vous connaissez la phrase de Césaire sur laquelle j’aime revenir qui est « car il n’est point vrai que l’Afrique n’ait rien emporté au monde ». Nous n’allons certes pas faire ici le catalogue des choses que l’Afrique a apportées au monde, mais nous voulons rappeler aux Africains qui ont parfois tendance à développer un mauvaise estime d’eux-mêmes, un complexe voire une sorte de haine rampante de l’Africain sur l’Africain, que l’Afrique a apporté et apporte quelque chose au monde tout comme le monde nous a apporté et nous apporte aussi. C’est donc un peu cette sorte de dialogue des cultures que nous essayons de mettre en place lorsque nous élargissons les portes d’entrée du MASA. Et faire comprendre aux professionnels, aux créateurs en Afrique qu’on peut s’inspirer de tout mais en particulier de notre patrimoine. Quand on est bien ancré dans sa culture, on est prêt à s’ouvrir aux innovations extérieures parce qu’on a les moyens de les ingérer.

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ABS : Le choix pérenne d’Abidjan pour la tenue du MASA relève-t-il d’une confiance renouvelée du gouvernement ivoirien à l’égard de votre structure ? Quel est l’apport de l’Etat ivoirien quand on sait l’importance des moyens que nécessite le MASA ?

DGM : Je pense que les deux choses sont complémentaires : les structures culturelles ont besoin des appuis institutionnels. La chance du MASA, c’est que depuis 2014 (avec l’avènement du président Alassane Ouattara aux affaires) et avec la bienveillance du ministre de la Culture monsieur Bandaman, le MASA a changé. Interrompu depuis 2005, les partenaires du Masa étaient dans une position dubitative à laquelle le nouveau gouvernement a mis fin en reprenant les choses en mains, permettant à la manifestation de renaître. Et par les moyens qui ont été mis en avant, la Côte d’Ivoire s’est trouvée en situation de produire ou de mettre sur la table 70% du budget, ce qui était la proportion inverse au moment où le MASA était à l’OIF. C’est une révolution du point de vue de la participation ivoirienne qui nous a permis, pendant les deux dernières éditions, de convaincre les pouvoirs publics de nous doter de fonds suffisants et suffisamment tôt ( de façon annuelle) de manière à nous éviter de courir dans tous les sens au dernier moment.
Ainsi, nous peut désormais faire les réservations à temps. Le gouvernement a accédé à notre demande, nous libérant à moitié des fonds à l’avance, l’OIF en faisant pareil. Ceci nous permet d’anticiper sur l’organisation et mieux à avancer nos pions pour arriver aux résultats globaux, sans stress, sachant que l’autre moitié de la contribution de l’Etat viendra dans les mêmes conditions. Avec cette assurance,

à partir du moment où nous avons cette assurance, nous sommes psychologiquement plus forts pour aller négocier avec différents partenaires. Moi, j’ai eu la chance de faire quelques stages dans le domaine du terme founds driving, quand j’étais à New-York. La première leçon est, notamment : « N’allez jamais demander de l’argent à un partenaire, en leur disant : monsieur madame, nous sommes une structure très brave mais si vous ne nous venez pas en aide, nous allons mourir ».
Par contre, il faut toujours dire : « Voilà ce que nous faisons, si vous nous aidez, voila ce que nous pouvons faire ».

Dans notre situation, cela se décline ainsi : « Nous sommes en situation de dire que nous pouvons faire venir 50 troupes mais si vous nous venez en aide, on pourra faire venir 10 trouves des Etats-Unis, du Canada, etc. ».

Et il faut aussi savoir qu’il y a des structures auxquelles il ne faut pas demander des partenariats en termes d’argent, mais en termes de moyens en biens : billets d’avions, nuitées dans les hôtels, moyens de transports…

C’est grâce à cette stratégie que nous avons mise en place que la plupart des gens nous aident à construire notre budget non pas pas par du numéraire, mais par des services dans une sorte d’échanges marchandises qui les sécurisent dans la gestion de leur pièce comptable et nous, qui nous, nous soulagé. Tant et si bien qu’aujourd’hui je peux dire que l’équipe organisationnelle apporte au moins 30% du budget global du MASA par les appuis divers que nous arrivons à obtenir. Et je pense que quand nous allons arriver à inscrire la manifestation dans le paysage culturel ivoirien, africain de manière plus constante, lorsqu’on aura des années mineures et majeures avec une occupation du terrain et des esprits plus régulière, on pourra recueillir plus d’appuis auprès des annonceurs qui sauront que nous sommes un produit constant.

Le MASA doit aussi une structure d’appui pour aux artistes locaux. Le mot d’ordre politique au sens citoyen du terme depuis le début de l’année 2019, c’est que toutes les structures doivent aider à lutter contre la pauvreté. Toutes les structures doivent avoir une idée de social dans leurs actions.
Dans cette vision, le MASA pourrait au moins construire des scènes de répétitions pour les groupes en manque de création et qui sont souvent surchargés. Et donc l’effort que nous faisons aujourd’hui, c’est essentiellement de rendre le MASA accessible aux troupes qui peuvent venir répéter et puis soutenir les productions dans les domaines difficiles tels que le théâtre qui manque de public, de sorte à optimiser l’aide que nous recevons.
C’est tout cela qui va nous permettre de maîtriser la question budgétaire.

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ABS : Monsieur le Directeur, la toute dernière question en deux volets ; vous avez une grande innovation : l’Azo qui a suscité un grand engouement, la nouvelle génération, cette diversité… Dites-nous en quelques mots et pour terminer votre mot à cette nouvelle génération d’artistes.

DGM : C’est la question du passage de relais que nous essayons de négocier, parce l’Afrique est un continent très jeune. Aucun programme de développement ne peut se faire sans les jeunes. Nous avons des espaces Jeunes publics, nous essayons de rajeunir nos équipes et nous essayons également d’avoir des programmations jeunes. Nous essayons cette année avec Didier TioKoh des programmes dédiés aux tout-petits, aux jeunes que nous faisons venir du quartier, des écoles ou alors nous leur offrons des scènes où ils peuvent venir s’exprimer. Je précise que l’un des objectifs du MASA va consister à travailler avec des journalistes, à travailler avec des Directeurs de festivals ou avec des directeurs de troupes pour dégager ensemble le profil-type d’un spectacle pour enfants, qui allie divertissement et instruction et le réarmement moral.

Nous essayons également d’avoir un espace pour les jeunes, c’est-à-dire les 16-30 ans avec des programmes spécifiques. Cela, avec des modélistes, pour tenir compte de leurs manières de s’habiller. Avec aussi des spécialistes des nouvelles technologies, pour créer des start-ups dans ce domaine. Nous tiendrons évidemment compte de leurs goûts musicaux en créant des zones dédiées

Ils doivent se sentir en quelque sorte les héritiers de cette tradition qui a commencé depuis des années 98.

Le succès de cette zone nous tient à cœur.

L’autre innovation majeure du prochain MASA, c’est les zones à guichets ouverts et les zones sans guichets. Pour éduquer le public à payer pour attendre un service de bonne qualité. Les gens n’apprécient que ce qu’ils paient. Il faut respecter et soutenir
les créateurs.

Nous voulons également avoir aussi une ponctuation populaire très marquée, avec la mise en place d’un programme de parade qu’on appelle « Abidjan Danse Parade » où nous allons avoir 200 danseurs qui vont faire une parade dans la ville et terminer par un happyning où ces 200 danseurs vont danser ensemble sur un certain nombre de morceaux ; ce sera un appel à la paix. Un titre d’Alpha Blondy fera partie de l’une des chansons qui vont ponctuer cette parade qui sera chorégraphiée par 2 personnes, cela en prélude à l’ouverture.

Si c’est réussi, nous aurons tous les ans cette parade même si nous n’avons pas un grand MASA.

Mory Touré

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