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Interview Jah Press / Avant la 20e édition, le cri de cœur de Jah Press : « Les Kundé mourront si … »

Après la 19e édition des Kundé, nous avons retrouvé à Abidjan, le chef d’orchestre de cet événement qui illumine chaque année, la capitale du Burkina-Faso avec la présence de nombreuses célébrités du monde musical. Jah Press nous a donc accordé une interview dans laquelle il retrace son parcours depuis Abidjan jusqu’à la création des Kundé à Ouagadougou. L’homme du showbiz au « Pays des hommes intègres » qui prépare les 20ans de son événement, nous fait le bilan des 19 premières éditions. Et prévient que cet événement culturel majeur qui illumine son pays et plusieurs autres pays, mourra si rien n’est fait… Interview

Présente-toi à nos lecteurs

Je suis Soré Salfo dit Jah Press, Directeur Général de « Biz Art Productions » et Commissaire Général des Kundé.

Ses liens avec la ville de Dabou

Peut-on connaître ton parcours scolaire et universitaire ?

J’ai fait l’école primaire et secondaire dans la région de Dabou avant d’aller reprendre ma classe de Terminale au Burkina. Après le Bac, j’ai fait trois années de Droit.

A quel moment le showbiz prend une place prépondérante dans ta vie ?

Depuis l’école, j’étais déjà piqué par le virus en m’essayant à l’animation en tant que « speaker », lors des matchs dans les quartiers, des compétitions inter- classes, les booms qu’on organisait et autres. Et lorsque j’étais à l’université, la « Radio MultiMedia » devait s’installer et nous avons subi le test de recrutement. Quelques temps après, j’ai fait le test de recrutement pour la « Radio NRJ » où je suis resté de 1992 à 1998.

Comment se fait ta reconversion d’animateur à promoteur événementiel ?

Étant animateur, je me suis essayé à l’organisation de spectacles vu que nous faisions la promotion des artistes. J’y ai facilement basculé. Mon premier spectacle, c’était avec A. Didier Moïse dont le titre « Demi-frère » a eu un succès dans le temps. Bien que mitigé, ce spectacle m’a permis d’acquérir de l’expérience et de rebondir autrement.

« Tout commence par l’animation »

Comment rebondis-tu alors ?

Ce n’est parce qu’un titre est très écouté que le public adhère forcément au spectacle de l’artiste. D’autres paramètres sont nécessaires pour rentabiliser un spectacle. Cela, je ne le savais pas. Dans une salle de 2000 places du Palais du peuple, nous avons recueilli qu’environ 150 personnes. J’en ai tiré les leçons et j’ai rebondi par la suite avec les « Poussins Chocs » (Asec Kôtôkô), Youtou (Tassaba Dôhiyô) et autres qui ont connu un véritable succès.

Après tout cela, comment naît le projet des Kundé ?

Le projet des Kundé est né lorsque j’étais encore à la radio lorsque. Je m’étais rendu compte qu’il n’y avait pas de la matière pour promouvoir la musique burkinabè et booster les productions locales. C’est ainsi que nous avons instituer un concours en vue de créer l’émulation au niveau des productions. Il devait au départ s’appeler « Balafon d’Or » et nous avons par la suite décidé de l’appeler « Kundé ». C’était vers 1996. Mais la 1ère édition a eu lieu en 2001.

Comment naît le projet des Kundé

Quelles sont les difficultés auxquelles tu fais face au départ ?

N’étant pas encore connu, nous avons fait la première édition dans une modeste salle, juste pour jeter les bases. Dès la 2e édition, nous sommes passés en mode dîner-gala retransmis à la télévision afin que population adhère et que les sponsors suivent.

À partir de quelle édition survient le déclic ?

Le déclic à l’international est survenu dès la première édition avec la présence de Magic System nominé dans la catégorie « Meilleur artiste de l’Afrique de l’ouest ». Ensuite, nous avons touché l’Afrique centrale et même hors du continent.

Tout commence avec Magic System

Quel est l’impact des « Kundé » sur les rapports entre la Côte d’Ivoire et la Burkina selon toi ?

Ayant fait mon enfance à Dabou en Côte d’Ivoire, cela se ressent aisément dans ma manière de fonctionner car j’ai été bercé par la musique ivoirienne comme de nombreux Burkinabés. Et depuis les années 70, cette musique demeure la plaque-tournante du showbiz africain. Etant beaucoup jouée dans la sous-région, il était évident que nous la sollicitions à travers ses artistes. Et cette musique ivoirienne a plus ou moins une influence sur celle du Burkina. Raison pour laquelle à chaque édition des « Kundé », il y a toujours une forte délégation ivoirienne (artistes, journalistes…).

Le bilan des 19 éditions des Kundé

Quel bilan faites-vous des précédentes éditions des « Kundé » avant la 20e qui aura lieu l’année prochaine ?

Pour nous, le bilan est positif car lorsque nous commencions les Kundé en 2001, nous avions du mal à trouver 3nominés par catégorie. Les choses ont tellement évolué qu’aujourd’hui, l’on a du mal à satisfaire tout le monde. Nous pensons que les Kundé ont quelque part influencé et stimulé indirectement sur la qualité et la quantité des productions.

Quelle est l’édition qui a été la plus réussie, selon vous ?

La plus satisfaisante et je dirai la plus étonnante, est la 3e édition. Celle où l’on a fait venir le doyen feu GG Vickey afin de permettre au public de se remémorer. Sa présence a créé des émotions inexplicables. En présence de Salif Kéita, la grande vedette a été GG Vickey qui n’avait pourtant pas de clip. Et après la rediffusion des « Kundé » dans son pays, son président lui a offert une maison qui lui a permis d’être mieux logé. Car cette grande voix de la musique africaine vivait au quotidien dans l’indifférence de tous. C’est une satisfaction morale pour nous.

Grande édition avec feu GG Vickey

L’édition où tu as le plus rencontré de difficultés ?

Lorsque vous regardez le format des « Kundé », ils ont beaucoup évolué. Nous rêvons et avons beaucoup de choses à proposer. Mais les finances souvent ne suffisent pas. Et c’est cela la grande difficulté. Car il y a des éditions où nous sommes sortis extrêmement endettés. Nous estimons qu’au jour d’aujourd’hui, lorsque nous faisons ce genre de cérémonie qui permet aux gens de rêver, de valoriser et apporter du bonheur à nos artistes avec des trophées et autres, il ne faudrait pas que ce soit après la croix et la bannière pour faire face aux dépenses de billets d’avion, de la restauration, de l’hébergement… Les sponsors essaient de nous soutenir, mais il en faut encore plus.

As-tu donc un message particulier quand on sait que Jah Press et son équipe préparent une 20e édition particulière ?

Aujourd’hui, lorsqu’on regarde le format des Kundé, il ne peut être pris en charge uniquement que par les sponsors. Compte tenu du contexte économique du Burkina, il faudrait donc que les autorités fassent l’effort de nous accompagner. Sinon, nous ne pourrons continuer ainsi. Si nous pouvons avoir avec eux un montant fixe et aller chercher le reste du financement avec les sponsors, on sera plus à l’aise. Cela nous permettra d’offrir plus au grand public et faire davantage plaisir aux artistes et aux mélomanes.

« Que les autorités mettent la main à la poche »

Qu’est ce que tu réserves à cette 20e édition qui se prépare ?

Étant très ambitieux, c’est donc pour nous l’occasion d’offrir une édition extraordinaire où le rêve sera à son summum. Malheureusement, nous restons dépendants de l’humeur économique des sponsors. Durant 19 ans, nous avons fait nos preuves. C’est donc l’occasion pour les sponsors de nous faire encore plus confiance et de proposer quelque chose de plus extraordinaire. Nous les incitons à cet effet, de mettre plus la main à la poche parce que 20 ans dans la vie d’un événement culturel, ce n’est pas évident. C’est une grâce pour nous d’être là chaque année durant 20 ans. Et il faudrait donc que ces 20 ans soient magnifiés de la plus belle des manières.

Les perspectives après les 20ans… ?

Nous arrivons, disons, à mi-parcours. Après 20 ans, nous donnerons certainement un autre envol aux Kundé. Mais tout dépendra de ce qui adviendra lors de ces 20 ans que nous préparons. Nous avons beaucoup d’appréhension. Nous attentons la réceptivité des sponsors dont dépendra la suite.

Les Kundé mourront si rien n’est fait

Quel est budget d’une cérémonie des Kundé ?

200 millions et je pense que ce n’est pas la mer à boire devant d’autres qui coûtent des milliards.

Un message particulier pour terminer ?

Les cérémonies de ce genre en Afrique battent de l’aile ou ont disparu pour la plupart. Toute modestie mise à part, c’est un mérite pour nous que d’avoir tenu tout ce temps. Je demande donc aux sponsors de nous aider à poursuivre ce challenge. Et aux autorités de nous soutenir car les « Kundé » occupent une place prépondérante dans le paysage culturel burkinabé et africain.

Par A.K

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