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Première édition « Nuit de légende », Alain TAILLY nous parle de la puissance positive du poète dans sa communauté

Grand écrivain, dramaturge, poète, excellent orateur, il fut le Directeur du Centre National des Arts et de la Culture (CNAC). Cet homme avec plusieurs cordes à son arc ne cesse de nous surprendre avec tous les tours dans son sac qu’il a encore à nous montrer. Docteur Alain TAILLY (c’est de lui qu’il s’agit), présent dans les locaux d’Abidjanshow.com a bien voulu faire le tour de son actualité avec nous.
On retient que depuis son départ du CNAC, l’homme de culture s’est consacré entièrement à ses activités dont celle-ci qui nous intéresse et pour laquelle il nous a accordé cette entrevue : son spectacle de poésie intitulé « Nuit de légende de père en fils ».

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De quoi s’agit-il exactement ? Pour le savoir, laissez-vous juste guider par cette interview enrichissante que nous a accordée ce maître de la parole.

Entretien…

ABS : Bonsoir Docteur comment allez-vous ?
AT : Bonsoir je vais super bien.

ABS : Vous organisez bientôt un spectacle : « Nuit de légende de père en fils ». De quoi s’agit-il ?
AT : «La nuit de légende » raconte l’histoire de ma rencontre avec l’école des poètes. C’est un groupe de jeunes étudiants amoureux de la poésie que j’ai rencontré en 2013. A partir de cette rencontre, j’ai créé l’école des poètes qui est une académie où ils ont été formés pendant 6 ans en art oratoire et en écriture poétique. Ainsi, au bout de ces 6 années, j’ai constaté que les enfants ont grandi et sont devenus de très grands poètes pour beaucoup d’entre eux. Ainsi j’ai décidé de créer cette nuit pour que le père et les fils fassent quelque-chose ensemble.

ABS : Ce spectacle a-t-il un message particulier à véhiculer ?
AT : Oui, bien sûr ! Le message, c’est d’abord que les aînés que nous sommes, nous avons la responsabilité de transmettre quelque chose aux plus jeunes. Moi-même j’ai été l’héritier de François KONIAN et de Marcelin YACE qui m’ont beaucoup apporté dans ma formation culturelle. C’est donc le même processus de transmission. Il ne faut donc pas rompre la chaîne des générations parce que les pères doivent apporter aux fils. Car il faut savoir que des fils sans pères sont des personnes sans repère.

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ABS : Est-ce uniquement avec vos étudiants de l’école des poètes que vous allez jouer cette pièce ?
AT : Absolument ! C’est uniquement avec eux que je joue la pièce. C’est pour la première fois que nous allons conter notre propre histoire en poésie, c’est notre légende que nous allons raconter. Comment les fils des poètes après avoir perdu leur objet sacré (le bissa qui permet de prendre la parole en public), se sont mis à sa recherche et comment ils ont rencontré le maître qui leur a indiqué le chemin pour retrouver leur bissa. Cette quête initiatique sera racontée de façon poétique pour célébrer la parole.

ABS : Dans le synopsis, vous interprétez Tailly Glohi, pourquoi cette appellation ? Glohi a-t-il une signification particulière ?
AT : Effectivement, Glohi n’est pas juste qu’un mot ou nom. Glohi c’est beaucoup de choses. Vous savez que la parole c’est l’affiliation, il y a toujours un inspirateur, il y a toujours un père et en ce qui me concerne, mon père (Jean TAILLY Zahouebiosson) a aussi un nom. Parce que chez les Wès, il y a sept noms. Parmi ces noms, il y a un nom qui est Glohigba dont je suis héritier. Et c’est ce nom, sous sa forme contractée qui donne Glohi, qui est le maître des villages.

ABS : Le spectacle se déroulera à la salle Kodjo Ebouclé (600 places) du Palais de la culture. Pourquoi pas la salle Anoumambo (4000 places) ? Est-ce par mesure de prudence ou juste que ce spectacle est très sélect ?

AT : (Rire). Ni l’un, ni l’autre. On pense juste qu’il faut aller par étape. Avant d’aller là, nous avons joué plusieurs fois à l’institut Goethe pour un public estimé autour de 200 voire 300 personnes, et comme la salle était comble, il faut aller à l’étape suivante qui de 600 places. Nous n’avons pas de prétention particulière, nous sommes des poètes, nous voulons partager notre art et nous pensons pouvoir le faire avec 600 personnes. Quand nous aurons franchi ce cap, nous irons plus loin jusqu’à un jour remplir, le stade Houphouët-Boigny.

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ABS : Est-ce la première édition ? Et est-ce que vous comptez la pérenniser ?
AT : Pour la Nuit des légendes, nous en sommes à notre toute première édition. C’est la toute première fois que Tally Glohi et « Les fils des poètes » jouent un même spectacle. Nous avons déjà fait des scènes, eux avant moi ou vice- versa, mais là, nous concevons ensemble quelque chose que nous allons présenter au public. Et c’est la toute première que le père et les fils sont sur une même scène. Et naturellement, nous comptons allons pérenniser l’événement.

ABS : Le spectacle est prévu pour le 15 juin, c’est-à-dire dans moins d’un mois. Est-ce que jusqu’à aujourd’hui vous avez pu réunir les conditions nécessaires à la tenue et bon déroulement de ce spectacles ?

AT : Nous avons toujours besoin de fonds. Nous avons mobilisé l’essentiel pour offrir un spectacle de qualité mais nous ne dirions pas « non » s’il y a des moyens supplémentaires parce que la création artistique revient relativement cher. Quand on a plus de moyens, les artistes sont plus à l’aise. Je profite donc de l’occasion pour lancer un appel aux personnes de bonne volonté qui peuvent continuer de nous appuyer. C’est d’autant plus important qu’il s’agit en réalité de la jeunesse. La moyenne d’âge des jeunes poètes est de 25 ans que j’ai vus progresser en 5 années. En plus de la poésie, c’est bien d’autres valeurs, comme par exemple l’art de vivre, qu’ils apprennent auprès du maître que je suis. C’est vrai qu’ils avaient déjà un bon dépôt en eux grâce à leurs familles mais au contact de la poésie et des différents maîtres qu’on leur a présentés durant tout leur parcours, ils ont beaucoup appris et c’est ça le plus important. Il s’agit d’investir dans la jeunesse pour que l’avenir soit plus sûr pour nous tous. Si nos enfants sont en sécurité moralement, mentalement, ils se développent bien, ils donneront les meilleurs fruits possible, la meilleure partie d’eux-mêmes. Mais s’ils sont livrés à eux-mêmes, s’ils n’ont pas de repères, s’ils n’ont pas de conseillers, s’ils n’ont pas d’appui, s’ils ne pas de repères, l’avenir risque d’être sombre pour nous tous. Avec la poésie, j’essaie d’apporter ma contribution à un avenir de lumière et de sûreté pour tous.

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ABS : Alors, où en êtes-vous avec les répétitions ?
AT : Pour les répétitions, nous sommes pour le moment à la phase de conception, ensuite nous serons à la phase de promotion de l’événement et dans une semaine nous commençons les répétitions. Nous avons déjà un synopsis et les textes. Chacun apprend sa partie en répétant de son côté. Nous allons ensuite assembler tout ça comme les pièces d’un puzzle. Nous sommes donc à pied d’œuvre.

ABS : Avez-vous déjà pensé à créer une école des poètes pour les tout-petits ?
AT : Cela viendra. C’est même en projet. Ce que nous cherchons à faire déjà, c’est d’étendre l’école des poètes dans d’autres villes de Côte d’Ivoire. Lionel Laho qui est le président de l’école des poètes a déjà installé une cellule à Bouaké, d’autres cellules sont en projet pour d’autres grandes villes de l’intérieur et je crois qu’une fois qu’on aura terminé avec cela, on pourra aussi faire de petites compétitions pour les plus jeunes.

ABS : Quel est le but visé avec l’organisation de ce spectacle ?

AT : Alors je reformule pour dire qu’est-ce que je recherche à travers mon engagement, à travers la poésie, dans l’école des poètes, dans l’école des orateurs, de toutes ces choses que je fais ? J’étais récemment au Lycée Moderne de Cocody où j’ai formé 20 jeunes à l’art oratoire. Ce que je recherche à travers mon engagement, à travers la poésie, dans l’école des poètes, dans l’école des orateurs, de toutes ces choses que je fais ? Je crois que c’est une question essentielle. On sait que la jeunesse ivoirienne depuis une vingtaine d’années est en perte de repère et il y a une forme de déconstruction psychologique et morale. C’est vrai qu’on construit les ponts, il y a de belles infrastructures mais si on ne prend pas le temps de reconstruire l’homme, de remodeler les mentalités, on aura des chocs et Béoumi nous donne un indice fort de ce qui peut arriver à ce pays. Ça veut dire que notre équilibre est fragile. Les choses que nous réalisons sont belles mais elles ne sont pas durables parce que l’homme ivoirien lui-même n’a pas été transformé. Je crois que c’est en cela que vient l’art, la poésie pour parler aux cœurs, parler au mental des gens. On pense donc que par la puissance de la parole poétique, on peut transformer des peuples entiers et c’est pour cela que dans nos sociétés traditionnelles, il y avait des griots qui étaient capables de pousser les gens à aller sur les champs de bataille pour éloigner l’ennemi mais aussi pour désamorcer des guerres par la seule vertu de la parole. C’est pourquoi il est important d’avoir des poètes dans la Cité. Ainsi, il y a des personnes qui prennent la parole pour avertir le peuple des dangers qui les guettent. Car le poète voit des horizons que l’homme ordinaire ne voit pas. C’est l’urgence de la situation en Côte d’ivoire qui fait prendre conscience que, de plus en plus à chaque point du territoire, nous devons avoir des sortes de gardes, de sentinelles pour dire faisons attention à là où nous marchons, à ce que nous faisons, à ce que nous disons parce que la parole est esprit et vie et la parole peut engendrer des séismes, elle peut faire des dégâts phénoménaux dans la vie d’une communauté et c’est cela notre mission.

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ABS : Après votre départ du CNEC, quelle est votre actualité au niveau professionnel ?
AT : Maintenant, je me consacre entièrement à ma vie d’artiste. Je crois qu’il y a beaucoup de choses à faire. Je suis les routes de la culture, je m’occupe de l’artiste Tally Glohi principalement qui va sortir bientôt une œuvre. Le titre c’est « L’évangile selon Judas ». Je vise également à élargir le spectacle « Nuit de légende » et tout ce que nous sommes en train de faire, à l’Afrique et pourquoi pas, les exporter en Europe ?

ABS : Après ce spectacle, qu’est-ce que vous prévoyez d’autre ?
AT : J’ai un projet, un album que j’ai réalisé il y a bien longtemps avec un ami guitariste français (Mimi Lorenzini, décédé maintenant) : « PATISSANGANA ». En hommage à cet ami-là et en lien avec son association MusiSeine basée à Paris, nous avons décidé de sortir cet album-là. Il est déjà sorti en France et il va bientôt sortir en Côte d’Ivoire. Ça sera aussi l’occasion de montrer donc une autre dimension de l’art que je pratique.

ABS : Alors nous sommes au terme de notre échange et nous avons pris plaisir à échanger avec vous. Merci à vous d’avoir répondu à nos questions. On espère être de la partie le jour du spectacle pour le savourer surtout qu’on vous connaît un talent extraordinaire.

AT : Plaisir partagé. Je vous y attends. Et c’est moi qui vous remercie.

Par Dylaurette YOUKOU

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