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Simone Ehivet : L’histoire d’une grande héroïne politique

Femme au charisme imposant, à la poigne de fer, Simone Ehivet épouse Gbagbo a marqué le paysage politique ivoirien à l’instar de son époux Gbagbo Laurent, 4ème président de la république de Côte d’Ivoire. Une vie cadencée de passages à vide, de périodes glorieuses, de victoires certaines, de déserts indicibles, voici en peu de lignes, relatée la vie de la dame de fer du Front Populaire Ivoirien (FPI).

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Enfance et parcours d’une femme leader née

Simone Ehivet épouse Gbagbo voit le jour le 20 Juin 1949 a Moossou à Grand-Bassam, Côte d’Ivoire. Deuxième enfant d’une famille de dix huit gosses dont 15 filles, le sens des responsabilités lui est, très jeune, inculqué. Son père Jean Ehivet, gendarme de profession et sa mère Marie Djaha, y tenaient. Son parcours scolaire s’effectue entre Moosou, Bouaké et Béoumi.
Puis en 1966, alors qu’elle fréquente le Lycée classique d’Abidjan, elle y mène sa première grève. Le Bac en poche en 1970, Simone s’oriente vers les lettres, décrochant quelques années plus tard une licence en Lettres modernes à l’université d’Abidjan puis mène d’autres études à l’Ecole Normale Supérieure de Côte d’Ivoire (ENS).
Major de sa promotion au concours d’entrée au CAPES, elle convoite le métier de professeur de l’enseignement secondaire. En ajout à ce grand bagage intellectuel, l’ex- Première dame ivoirienne mène des études en 1976 a l’Université Paris XIII en France où elle passe une Maîtrise de Lettres modernes avec pour option, la littérature orale sur l’image de la femme dans le conte.

Assoiffée de connaissances, c’est ensuite le Sénégal qui l’accueille. Ainsi en 1981, à l’université de Dakar, elle passe un DEA puis un Doctorat sur le langage tambouriné chez les Abouré. De retour sur sa terre natale, elle obtient une Licence en Linguistique africaine à l’Université d’Abidjan en 1984. Historienne, docteur 3e cycle en littérature orale, chercheur en Linguistique appliquée et syndicaliste marxiste très proche des milieux évangéliques américains, telle est la richesse intellectuelle de cette dame.

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Vie et combats politiques
Féministe et friande de politique, Simone rêve d’y faire carrière. Très jeune en 1966, elle prend la tête de la branche féminine des JEC (Jeunesse Estudiantine Catholique) jusqu’en 1970. En 1972, la native de Bassam intègre la cellule Lumumba, groupe révolutionnaire clandestin, aux côtés de Bernard Zadi Zaourou. Politiquement active, elle milite au sein du Synesci (Syndicat de professeurs de lycées) et le Synares (syndicat de professeurs d’université) qu’elle dirige. Elle défend à ce propos l’ivoirisation des programmes d’enseignement et participe aux mouvements de grève de l’enseignement en 1982. Son engagement sans faille, sa hargne gênent de plus en plus. Dans les années 1970 à 1980, elle se fait emprisonner, brimer à plusieurs reprises dans le cadre de sa lutte en faveur du multipartisme.

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Sa rencontre avec Laurent
En 1973, alors qu’elle côtoie le milieu politique à l’université, elle rencontre un homme qui partage avec elle la même vision politique. Professeur d’histoire au Lycée d’Abidjan, Laurent est alors révoqué pour « convictions communistes ». Lorsqu’ils se rencontrent, l’historien vient à peine de sortir d’un internement en camp militaire. Drôle, avenant, extraverti, politicien tenace, la force de caractère de cet homme ne la laisse pas de marbre. Liés au tout début uniquement par la politique, leur relation se mue peu à peu en véritable histoire d’amour mais l’homme est déjà marié à une Française. En 1982, le couple forme un mouvement dans la clandestinité avec d’autres amoureux de la politique tels que Aboudramane Sangaré, feu Émile Boga Doudou, Assoa Adou, Pascal Kokora et Pierre Kipré le futur Front populaire ivoirien (FPI).

En exil en France pendant six années, le politicien laisse un grand cadeau à sa bien aimée : des jumelles qu’elle porte et élève seule durant ces années non sans poursuivre activement la lutte. En Septembre 1988, Laurent de retour de son exil et maintenant divorcé reprend son histoire d’amour avec Simone là ou il l’avait laissé.
En novembre 1988, a lieu dans une discrète villa d’un sympathisant le congrès constitutif du FPI, auquel Simone Gbagbo participe. Le couple se marie à Cocody le 19 janvier 1989. Le multipartisme est instauré en avril 1990. Leur combat politique n’aura pas été vain.

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Une main de fer dans un gant de velours
Après quelques échecs enregistrés dans les élections législatives puis municipales, Simone réussit en 1995 à devenir députée de la commune d’Abobo. Puis elle est nommée présidente du groupe du FPI à l’Assemblée nationale et vice-présidente de la Chambre. Le 26 octobre 2000, son époux accède à la présidence de la république de Côte d’Ivoire. Au cœur des grandes décisions politiques du pays, Simone Gbagbo tient admirablement les rênes du pays aussi bien que son époux. Son bagage de syndicaliste et de femme politique lui permet de prendre ouvertement position sur la politique de la Côte d’Ivoire. Inspirante, le magazine Jeune Afrique parle d’elle en ces termes : « En fait, et le cas est unique en Afrique, il n’y a pas en Côte d’Ivoire, de 2000 à 2011, un seul chef qui règne, mais deux », en ne s’opposant pas mais en se complétant, Simone Gbagbo apportant à son mari un réseau féminin et faisant preuve d’un culot politique qu’il ne peut, lui, pas se permettre. Elle est très proche des Jeunes patriotes, les mouvements de jeunesse soutenant son mari. Cette poigne de fer ne la soustrait pas d’une grande bonté, d’une douceur et d’une patience à toute épreuve. Elle allie parfaitement la politicienne à la mère et l’épouse.

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La prison puis l’amnistie mais toujours la même énergie
A la suite de la réélection du président Gbagbo aux présidentielles en 2010, dont les résultats sont contestés des tensions éclatent dans le pays en 2011. De vives tensions qui provoquent une crise dans le pays : la résidence présidentielle du couple à Cocody est encerclée et plusieurs jours après une lutte acharnée, Simone Gbagbo et son époux sont placés en détention au Golf Hôtel d’Abidjan.
Par la suite, son mari est transféré et assigné à résidence à Korhogo, dans le nord du pays. Le 23 avril, elle quitte Abidjan et est placée à son tour en résidence surveillée à Odienné, Le 18 août 2011, comme son mari, elle est inculpée par la justice ivoirienne et placée en détention préventive pour « vol aggravé, détournement de deniers publics, concussion, pillage et atteinte à l’économie nationale ». Le 26 décembre 2014, son procès s’ouvre formellement à Abidjan pour « atteinte à la sûreté de l’État ».

Le 10 mars 2015, elle est condamnée à 20 ans de prison à l’unanimité du jury pour « attentat contre l’autorité de l’État, participation à un mouvement insurrectionnel et trouble à l’ordre public ».
Parallèlement, dans une procédure distincte, le 22 novembre 2012, la Cour pénale internationale (CPI) lance un mandat d’arrêt international à son encontre pour des crimes contre l’humanité commis pendant la crise ivoirienne de 2010-2011. Elle devient la première femme poursuivie dans l’histoire de la CPI. Contre toute attente, le tribunal la reconnaît le 28 mars 2017 non coupable et l’acquitte des poursuites pour crimes contre l’humanité.

Elle reste toutefois emprisonnée, ayant été condamnée en 2015 pour « atteinte à la sûreté de l’État » à 20 ans de prison. Elle est détenue dès le 1er décembre 2014 à l’école de gendarmerie d’Abidjan. Le 6 août 2018, dans le processus de réconciliation nationale pensé par le président Alassane Ouattara, celui-ci a procédé a la libération de 800 prisonniers politiques dont le président Alassane Ouattara annonce l’amnistie de 800 prisonniers, dont Simone Gbagbo, dans un souci de « réconciliation nationale ». Le 8 août 2018, elle rejoint en héroïne son domicile à Abidjan face à une foule admirative de la bravoure de cette dame qui a vécu le pire mais reste debout tel un soldat.

Carole G

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