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Salia Sanou, chorégraphe burkinabè « La danse africaine avance… »

Salia Sanou est un patrimoine de la danse contemporaine africaine. Le chorégraphe Burkinabè était l’invité spécial de la compagnie Ange Aoussou pour animer le stage de la saison 4 du festival international de danse contemporaine et formation, Un Pas Vers l’Avant (Abidjan, du 2 au 12 septembre 2015). Il a accepté de jeter un regard sur l’évolution de la danse de création africaine. Interview.

C’est votre première fois à Abidjan pour un sommet de danse ?

Oui, c’est la première fois. En même temps, je découvre ce festival, Un Pas Vers l’Avant. C’est une très bonne opportunité pour la danse contemporaine en Côte d’Ivoire qui est à la relance. Je salue pour cela Ange Aoussou qui l’a initiée.

Qu’est-ce qui vous a convaincu d’y participer ?

C’est toujours important pour moi d’aller à la rencontre d’autres danseurs, d’autres artistes chorégraphes, surtout sur le continent. Ces moments de rencontres et de partages sont toujours riches en enseignement. Et je pense qu’à travers ces expériences, j’apprends beaucoup.

Au départ, vous étiez policier quand vous faisiez vos premiers pas dans la danse. Qu’est-ce qui vous a finalement poussé à laisser tomber la carrière de flic pour la chorégraphie ?

Je pense que l’appel du corps, l’appel de la danse a été plus fort. Au village (Léguéma, au Burkina Faso, ndlr), j’ai grandi dans un milieu artistique. J’ai été initié aux rythmes et traditions de mon ethnie. Par exemple avec la sortie du masque. Toute cette culture m’a un peu influencé dans la suite de ma carrière. Après l’école d’enseignement général, je suis entré à l’école de police. J’en suis sorti avec un diplôme d’inspecteur de police. Mais tout a basculé suite à une rencontre avec une personne : Mathilde Monnier. J’ai rencontré cette chorégraphe française au Burkina Faso. Elle est venue me proposer d’intégrer sa compagnie en France. Après réflexions, j’ai accepté et je suis donc parti pour la France. Avec des appréhensions, toutefois. Je me disais : «  qu’est-ce que ça va devenir… ». Mais aujourd’hui, voilà : je suis danseur, chorégraphe. C’est ma principale activité professionnelle. Je la pratique avec passion et j’en suis satisfait.

Vous souteniez face aux stagiaires que : « on peut être bon danseur sans être forcément bon chorégraphe. » Qu’est-ce à dire ? Dans votre cas, comment avez-vous réussi cette transition ?

Il faut laisser les choses venir d’elles-mêmes. J’ai été danseur interprète pendant longtemps. Je voulais maitriser cette base-là, d’abord. Ensuite, l’art d’écrire, l’envie de chorégraphier vient après. Et donc à chaque fois que je parle aux jeunes, je les ramène à mon expérience. C’est-à-dire chercher à perfectionner sa danse dans des compagnies. Et plus tard, avec l’expérience et les techniques qu’on aura emmagasinées, on est mieux outiller à écrire un propos chorégraphique.

En tant que directeur artistique des Rencontres Chorégraphiques de l’Afrique et de l’Océan Indien, comment est-ce que vous jugez actuellement le niveau de la danse contemporaine africaine dans son ensemble ? Evolue-t-elle ou pas ? fait-elle du surplace ?

J’ai eu le privilège d’être au début de la danse de création communément appelé danse contemporaine en Afrique. Aujourd’hui, cette discipline artistique est très présente dans nos pays. En même temps, elle est très jeune. Une quinzaine d’année, c’est pratiquement rien. Je dirais qu’il y a beaucoup de choses qui sont faites. Dans le sens de la formation, de la structuration. Comment former une compagnie, créer une école, un festival, comment défendre son travail sur le long terme. Bref, c’est tout ça qui est en ébullition aujourd’hui. Tout n’est pas parfait, mais avec la construction que vois, je peux dire qu’on avance, petit à petit.

Quels sont les défis actuels pour cette danse africaine ?

Déjà, il faut mettre les jeunes face à leurs responsabilités. C’est à eux de porter cette danse-là… Ensuite, l’autre défi, c’est la sensibilisation de nos gouvernants à cette forme artistique. Leur faire comprendre que la danse est quelque de très présent aujourd’hui, qu’elle fait partie de notre quotidien et qu’il faut lui permettre d’évoluer en la subventionnant, en permettant aux chorégraphes d’avoir des espaces d’expression. Un autre challenge important, à mon avis, sera de permettre à la danse d’intégrer nos écoles. Oui, il faut permettre à nos enfants de connaitre leur culture. Ça va servir à la construction de la jeunesse, de la société. Pour tout ça, qu’on soit artistes, accompagnateurs de projets : on doit par-dessus tout travailler en synergie.

Il y a aussi que cette danse de création a du mal à se faire comprendre et donc à mobiliser en masse. A votre avis, dans quelle démarche doit-elle s’inscrire pour se faire comprendre ? Autrement dit, quelle danse pour quel public ?

Oui, c’est une question intéressante parce qu’aujourd’hui, beaucoup de jeunes, par manque de formation et d’expérience, créent en mimant tout ce qu’ils voient ailleurs. Les créateurs en Afrique doivent se poser des questions sur la signification et la destination même de ce qu’on construit, ce qu’on créé. A partir de là, on ne peut que trouver de bons arguments. Le public est là, à nous de savoir dialoguer avec lui. Comme je le disais, cette danse est jeune et donc au fur et à mesure, je pense que ces questionnements vont s’imposer. Sinon, c’est un faux procès de dire qu’on danse pour des blancs, non. Il y en a certes qui sont dans le métier parce qu’ils veulent avoir un visa et partir. Mais après, honnêtement, la majorité des créateurs africains aujourd’hui veulent surtout exister, avoir une visibilité, avoir leur mot à dire de ce qui se passe dans leur société. C’est le plus important à retenir, je pense.

Après quelques jours à diriger ces jeunes danseurs, à majorité ivoirienne, quelle est l’idée que vous vous êtes fait de leur niveau ?

J’ai trouvé des jeunes motivé et engagé. Sur le travail qu’on a fait, il y eu une belle écoute et disponibilité. J’ai pu constater beaucoup d’énergie, de la vivacité et cette volonté d’apprendre. Et pour moi, c’est un premier critère de niveau. Ensuite, vient la technique, la connaissance … Mais je ne suis pas surpris parce qu’en arrivant ici, je savais que la Côte d’ivoire regorgeait de bons danseurs et chorégraphes connus comme Georges Momboye, Rokia Koné, Massidi Adiatou, Ange Aoussou et bien d’autres.

Aujourd’hui, la danse contemporaine en Côte d’Ivoire est dans une dynamique de repositionnement après la crise qu’elle a connu. Avec des initiatives multiples comme par exemple ce festival Un Pas Vers l’Avant et d’autres qui se préparent. Avec votre expérience, quel est le conseil que vous pouvez donner pour consolider et pérenniser cette activité nouvelle ?

Je salue d’abord ce regain de dynamisme. Il n’y a jamais une initiative de trop si c’est pour offrir des opportunités de développement aux danseurs. Le conseil que je peux donner, c’est de surtout travailler en synergie. Au plan local d’abord, et ensuite avec les confrères de la sous-région et sur le continent. En créant ainsi des réseaux, on peut arriver à asseoir durablement quelque chose. Je suis dans la vision qu’avec l’autre, on est plus fort. C’est aussi valable pour les danseurs, qui doivent bien s’entourer de personnes ressources. On peut savoir danser, avoir du talent, mais si on n’est pas entouré d’une équipe, c’est-à-dire d’un administrateur, d’un musicien, d’un scénographe, on ne pourra pas émerger. C’est à tous les niveaux qu’on doit rester ouvert aux autres, au monde et toujours se remettre en question.

L’année prochaine, en 2016, ça va faire dix ans que votre école, le Centre de Développement Chorégraphique (CDC-La Termitière que vous avez créé avec votre frère Seydou Boro) existe. Si on faisait déjà un bilan, ce serait quoi ?

Oui, le bilan, on le fait chaque année (rires) ! En dix ans, on pense qu’on est arrivé à apporter beaucoup dans la formation. Le CDC est un lieu de fabrication et donc on a accueilli beaucoup de jeunes. C’est important d’avoir un lieu de référence qui vous ouvre des voies et provoque des rencontres déterminantes pour la suite d’une carrière. Et dans ce sens, je pense qu’avec l’Ecole des sables de Germaine Acogny à Dakar au Sénégal, on est aujourd’hui des lieux de référence du continent où la nouvelle génération va apprendre des choses pour se construire. Artistiquement parlant, c’est dix années de construction, donc une belle satisfaction. Après, on est toujours à rechercher des soutiens des pouvoirs publics, des institutions. Et ça, c’est un combat perpétuel.

Aujourd’hui à 46 ans, vous vous inscrivez dans une démarche intime qui est d’ouvrir la danse à d’autres arts. Quel est l’intérêt ?

(Il sourit) Oui j’ai toujours eu cette envie-là ! C’est aussi dû à ma formation. On est danseur mais on baigne aussi dans un milieu où il y a la musique, le théâtre, le conte, les arts plastiques, il y a les NTIC aujourd’hui, voilà.. J’ai toujours été sensible à toutes les formes d’art qui peuvent enrichir la mienne. Donc à chaque fois que j’ai une création, je confie le volet musique à un musicien, la scénographie à un scénographe, ainsi de suite. J’estime que ça enrichit aussi le travail.

L’exemple avec « Clameurs des arènes », votre dernière création où vous faites danser des lutteurs professionnels sénégalais ?

C’est un projet assez spécial dans son écriture. La création pour moi, c’est de s’échapper ici et là, c’est d’expérimenter d’autres choses sinon ça devient banal. Donc voilà, j’aime bien aller titiller un peu de gauche à droite. Je voulais réaliser ce projet depuis longtemps. Allez chercher des lutteurs qui sont d’un autre univers pour les amener sur la scène de la création, c’était un rêve pour moi. Aujourd’hui j’ai eu la possibilité. Je pense que c’est une source d’inspiration. Peut-être que demain ce sera des rugbymans que j’inviterai ! Le combat dans l’arène, c’est le corps à corps. Mais derrière aspect physique, il faut voir surtout l’aspect philosophique qui est le combat quotidien pour vivre.

Depuis 2011, vous avez créé la compagnie Mouvements Perpétuels que vous dirigez. Alors, on a envie de savoir ce que devient la compagnie Salia nï Seydou que vous avez cofondé avec Seydou Boro, et les autres projets que vous défendez ensemble…

(Il a un regard amusé) Avec Seydou Boro, on a fait 17 ans de collaboration. Ça été 17 années de cheminement, de rencontres, d’aventures. C’était fabuleux. Mais à un moment, le créateur s’essouffle et a besoin d’autres ressources. Donc, il est arrivé que chacun avait envie de prendre une autre direction, d’explorer d’autres projets personnels. Alors, on s’est assis en garçons responsables, on a discuté de façon sereine. Il y a eu des racontars comme quoi on s’est bagarré, non ! On a décidé qu’on allait construit différemment notre carrière artistique. Donc Seydou fait aujourd’hui la musique, le cinéma, la danse, moi je continue à chorégraphier. Mais, le centre La Termitière reste un outil qu’on défend ensemble, tout comme le festival Dialogues de Corps. Voilà, l’essentiel demeure et l’essentiel, c’est le combat que chacun mène pour l’évolution de la danse.

 Et moi je pense qu’on a l’essentiel pour cet entretien…

…ah, tant mieux ! C’est parfait ! (il rigole)

Merci Salia Sanou et bonne continuation

(Sourire) C’est moi qui vous remercie.

 

Propos recueillis par Harding M’Bra

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