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Symbioz One de Luc Sigui. L’album ivoiro-jazzy de l’année

Après un premier album remarquable, « Jemima », qui a donné un aperçu de son talent, le bassiste Luc Sigui récidive avec « Symbioz One ». Un second disque aux confins de l’ethno-jazz qui fricote magnifiquement avec 12 classiques de la musique de variété ivoirienne.

Symbioz One, la seconde sortie musicale de Luc Sigui offre un jazz très accessible. Pour fédérer un large public de mélomane à sa cause, le bassiste a eu l’intelligence de se détacher de la brutalité du jazz classique. Ne pensez pas du tout à du be-bop avec son style dissonant d’irrégularité rythmique. Encore moins au jazz roots des pionniers afro-américains. Ici, Symbioz One met en symbiose 12 grandes chansons de la variété ivoirienne. L’album s’exprime certes au moyen des standards classiques du jazz (libre court aux instrumentaux). Mais son rythme et sa tonalité s’adossent aux chansons de Bailly Spinto, Ernesto Djédjé, NST Cophies, Lougah François, Jimmy Hyacinthe… etc, qu’il reprend. Symbioz One s’ouvre sur une magnifique partition de saxo sur la mélodie d’ « Anouhoume » de Bailly Spinto. La Basse de charme de Luc Sigui détache ensuite des riffs chaudes. Et là, toute l’orchestration musicale se met en branle. Le piano, la batterie en sourdine. Cette opulence symphonique garde cependant bien distincte la basse comme lead instrumental. Parce que c’est elle qui se fait fort de remplacer les paroles de Bailly Spinto par ses variations. Cette dynamique entrée en matière déroule ensuite le tapis à la richesse des autres compositions de l’album. Ainsi, quand « Up Rising » de Ramses de Kimon version Luc Sigui démarre, on se retrouve plongé dans un rythme de Balafon Sénoufo. Un petit clin d’œil de Luc à son ancien mentor Paul Wassaba et à son univers musical. En majeur partie, « Up Rising » ici laisse libre court aux éclats de guitare basse dans des développements musclés. La caisse de résonance en dessous temporise cependant cette effusion d’une touche aérienne. C’est planant, c’est dansant, et ça fait balancer de la tête.

L’univers langoureux de « Gniayé » d’Ernesto fait retomber la pression. Une ballade chatoyante mettant en exergue le piano, le saxo et la trompette, dans une splendide symphonie poétique. Djédjé doit se retourner dans sa sépulture, tellement la composition est légère et jouissive.

Dans cette flamboyance rythmique, notre coup de cœur va pour la chanson n°4 du Cd : Attouho (Nst Cophies). Pour son univers jazzy-funk, on crie yes. La pincée de guitare basse de l’enfant de l’Ouest montagneux prend un propos syncopé. Avec son orchestration épileptique, ce titre très funky peut à lui seul justifier l’achat du coffret. Par ailleurs, la tendresse de « Tivé » (Chino Rems), la fraicheur de « Sapio » (Delta Group), la virtuosité contrebassiste de « Pécoussa » (François Lougah) sont autant d’argument solide qui parlent pour le reste de cet album valeureux. Un harmonieux déroulé instrumental qui ne connait pas la démesure. Manifestement, il y a une ligne directrice d’ensemble dans l’album. Une cohérence interne des instruments où personne n’en fait trop. Tout le monde fait juste assez pour rendre l’écoute agréable du début à la fin.Un disque jazzy panoramique de la riche diversité de la musique ivoirienne à laquelle Luc Sigui rend un bel hommage.

En définitive, Luc Sigui, le professionnel des plates-formes pétrolières, le passionné de jazz qui a fait ses classes dans les grands bastions de ce rythme afro-américain (ayant appris auprès des grands guitaristes de jazz tels que Fred Sokolow, Eric Boell et Denis Roux) a trouvé sa singularité. Cet album limpide, classieux, sans complexe va ratisser large et lui valoir beaucoup de reconnaissance. Prosélytisme musical en effet, Symbioz One (titre intelligent) pourra réussir en Côte d’Ivoire à rallier de nouveaux aficionados à la cause du jazz. La seule clé de réussite de ce disque est sa qualité. C’est en tout cas un son globalement accessible, harmonique, relâché. Les amateurs sauront le savourer tout comme ceux qui le découvriront. Un disque à écouter un week-end ensoleillé, dans son salon, un bon verre de whisky devant soi.

Harding M’Bra

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