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Zouglou-N’Dombolo : la guerre !

Une bataille féroce a lieu entre groupes congolais et ivoiriens dans les clubs et pubs abidjanais. Il s’agit de la guerre de tranchées que se livrent orchestres de Rumba congolaise et les groupes de Zouglou. La Côte d’Ivoire et les deux Congo, gants blindés aux mains, croisent ainsi musicalement, le fer.

Il faut remonter la machine du temps pour comprendre le face à face entre orchestres congolais et ivoiriens. Débuts années 2000, le « Bar O’ » situé à Treichville, donne le top départ des soirées congolaises, à Abidjan. Un groupe de jeunes musiciens, rescapés des Katerpilas, l’orchestre de la chanteuse Pierrette Adams, se retrouve pour former l’ensemble Kitoko. Autour du batteur Oméga et du soliste Oguy Solo, ces jeunes musiciens cristallisent les regards des amateurs de Rumba et du N’dombolo. Leur show fait du fief de la night-clubeuse, Chantal Obodji, l’indiscutable temple des musiques made in Kinshasa et Brazzaville.

Kitoko Malamu
Kitoko Malamu

La fièvre devient contagieuse. La mayonnaise prend vite. Ce contingent congolais s’étoffe rapidement. Au point d’obliger l’orchestre Kitoko à se morceler en plusieurs groupes. Ainsi naissent «Kitoko Maison Mère», «Kitoko BCBG» et «Kitoko Malamu». Après ce démembrement, Kitoto ratissent large. Telle une vraie pieuvre, Kitoko investit d’autres clubs abidjanais. Ce déploiement n’est pas sans rappeler les divisions des grands groupes congolais

kitoko maison mère
kitoko maison mère

Extra Musica ou Wenge Musica. Le temps passe, ces groupes, lancés tous azimuts à la conquête des mélomanes ivoiriens, se partagent les clubs de la cité, avec succès. Partout à Abidjan, les clubs adaptent leurs programmations de soirées à la mode congolaise. L’offensive fait mouche.

Cette réussite des groupes congolais met la puce à l’oreille de jeunes ivoiriens. En l’occurrence, à celles de Jean Roger Adome, le leader du groupe Zouglou Makers. Nous sommes en 2007. Inspiré par le succès des congolais, celui-ci murit l’idée de former un groupe essentiellement consacré à la valorisation du Zouglou. Un peu pour apporter la riposte à la boulimique Rumba congolaise aux visées expansionnistes.

vieux gazeur
Vieux Gazeur

Vieux Gazeur organise la riposte
Pendant ce temps, le chanteur Vieux Gazeur monte, à Marcory, le maquis géant dénommémaquis «Le Lycée». Un temple expressément dévolu à la promotion de la musique Zouglou. Tous les vendredis, les soirées «Wôyô» mettent l’ambiance dans le coin. Le succès est au bout. Ayant mesuré le désir des Ivoiriens à se réapproprier le Zouglou, Vieux Gazeur passe à la vitesse supérieur. Il équipe son Lycée d’une puissante sono pour des concerts live. Les mélomanes saluent l’initiative. Didier Bilé, Aboutou Roots, Lago Paulin, Soum Bill, Yodé et Siro, au premier chef,  profitent de cet espace pour se mettre en ordre de bataille face à l’ogre congolais.

zouglou makers
Zouglou Makers

Entre temps, Jean Roger a fédéré des instrumentistes autour de lui. La machine porte le nom Zouglou Makers. Nous sommes courant 2008, 2009. Ce sont eux qui accompagnent les vedettes dans leurs prestations. Zouglou Makers, en l’absence de ceux-ci, s’essaie avec réussite dans l’interprétation de standards du rythme. L’essai est concluant. Le groupe passe le cap du maquis le « Lycée » pour attaquer Cocody, la Riviéra, les Deux Plateaux, Yopougon, etc…Le déboulé des Zouglou Makers éveille une certaine prise de « conscience nationale » chez d’autres groupes qui se jettent dans la guerre asymétrique contre le N’Dombolo Congolais. Ici et là naissent des groupes passés maitres dans la pratique du Zouglou live. Les groupes de « Wôyô » se mêlent à la bagarre pour disputer le moindre espace d’expression au N’Dombolo congolais. La sortie du premier album de Zouglou Makers redistribue les cartes.

Le N’Dombolo n’est plus seul maitre sur le terrain. Comme s’il avait sonné la charge de la guerre-totale, Zouglou Makers entraine dans son sillage, Connexion Zouglou, Les Requins du Zouglou, Les Manitous et bine d’autres, venus en renfort. En 2016, Abidjan compte plus de cinq orchestres de Zouglou. Et un nombre incalculable de groupes de Wôyô. Le canif entre les dents, à l’image des pirates des temps immémoriaux, ces groupes se lancent, tous les soirs, à l’abordage du paquebot N’Dombolo,

Quand les radios relaient cette «guérilla» musicale…
Au-delà des pubs, bars et maquis, vrais théâtres d’opération des joutes entre le Zouglou et le N’Dombolo, il n’est pas inutile de relever le rôle joué par les radios dans cette bataille. La radio Fréquence 2 est la première à allumer la mèche. Sous la férule de l’animateur Papous Kader, Fréquence 2 a intégré dans son programme, une émission hebdomadaire consacrée au Zouglou. «Il était indispensable pour nous de penser à créer un espace entièrement dédié au Zouglou, vue la nouvelle dynamique que ce rythme crée au sein des mélomanes Ivoiriens », explique Didier Bléou, directeur de la chaine.

pat saco
Pat Saco

Radio Nostalgie, n’a pas trouvé mieux que le chanteur Pat Sako, pour lui confier l’animation sur sa chaine d’une émission 100% Zouglou. A cette antenne diffusée le samedi, à 15 h, Pat Sako inocule les hits du rythme urbain ivoirien. Non sans inviter les têtes d’affiches qui donnent leurs actualités au travers d’interviews. Il n’est pas rare chez Pat Sako d’inviter dans les studios surchauffés de radio Nostalgie, des groupes d’ambiance « Wôyô ».
A côté de ces deux radios, leaders dans la diffusion du Zouglou, certaines radio participent, dans leurs programmations, à cette guerre en filigrane que se livrent ces musiques ivoirienne et congolaise. Il en est de même pour les émissions dédiées aux musiques congolaises.

jean marie molato
Jean Marie Molato

Jean Marie Molato, Papy Pengo, résolument ‘’Congolais’’
L’on ne saurait parler des promoteurs des musiques congolaises sur la bande Fm en Côte d’Ivoire, sans évoquer le rôle joué par Eric Didia. Il est reconnu pour sa passion pour les sonorités venues de Kinshasa et de Brazzaville. On peut écrire que Didia est le leader des «propagandistes» de la rumba et de ses dérivées, ces deux dernières décennies en Côte d’Ivoire. Dans le sillage d’Eric Didia, Jean-Marie Molato et Papy Pengo sont les fantassins de cette armée de guerre répulsive.

papa wemba
Papa Wemba

Le premier, Jean Marie-Molato, a trainé sa bosse dans plusieurs radios de la place, entrainant toujours avec lui, ses valises des plus grands succès de Papa Wemba, Koffi Olomidé, Werrason, JB Mpiana et autres grands animateurs des musiques congolaises. De Cocody Fm, en passant par Abidjan 1 et Ivoire Fm, le speaker radio s’est taillé une solide réputation en matière de diffusion de sonorités congolaises. Tellement en immersion avec la musique congolaise que ce Bété bon teint, est parfois pris pour un natif de Kinshasa ou Brazza. Idem pour Papy Pengo. A la différence que Papy Pengo, lui, est originaire du Bandundu, en RDC. Depuis trois ans sur Radio Nostalgie, il anime une capsule consacrée à la Rumba. Musicien, Papy Pengo est le leader de l’orchestre Bana Congo, un des orchestres qui écument les nuits abidjanaises. Radio Nostalgie ne pouvait pas se tromper sur son profil, en lui confiant l’animation d’une tranche hebdomadaire essentiellement Rumba.

La guerre du terrain
La bataille du terrain fait rage également entre les deux rythmes musicaux. Le N’Dombolo a vite pris ses quartiers dans des night-clubs, avant d’être rattrapé par le Zouglou. De l’ex-Bar O’ à Treichville, les orchestres de rumba sont vite passés à l’offensive à Cocody, Riviéra, Marcory et même Yopougon, fief traditionnel du Zouglou. Il n’est pas rare de rencontrer l’un des orchestres Kitoko, en semaine prestant, dans un club donné. Pour ne point se laisser distancer, la phalange Zouglou donne la riposte également dans certains maquis ou boite de nuit.

Tête de ponte de cette riposte ivoirienne, le groupe Zouglou Makers est le leader incontesté du maillage systématique des points chauds où s’affrontent congolais et ivoiriens. On assiste cependant à un « turn-over » dans les clubs, où sont programmés ces orchestres qui se partagent les jours de la semaine. Les proprios du « Pam’s », du « Temple », du « Menekré Café », semblent s’être passés le mot dans leurs programmations. Comme pour permettre à chaque club d’avoir pour son compte. Tout cela, à l’évidence, n’est pas fait pour déplaire aux mélomanes. Une exception arrive comme une entorse à ce gentleman agreement : il s’agit du maquis géant « l’Internat » de Yop, le temple cher au promoteur Zébié, expressément dédié au Zouglou.

Aimé zebié
Aimé Zebié

L’Internat : la Mecque du Zouglou
Tous les dimanches, rien que les groupes ou artistes Zouglou se produisent à l’Internat. Situé à Yopougon-Niangon, l’endroit est l’œuvre du proprio Aimé Zébié, un des mordus du rythme. Les choses ont commencé timidement chez lui, avant d’atteindre la vitesse de croisière. La particularité du coin : du Zouglou, rien que du Zouglou. L’internat est tout simplement maqué au rythme ivoirien. Le spectacle, dès 15 h sonnante là-bas, est plus que hallucinant. Plus de mille noceurs attablés autour de bouteilles y font la fête sans retenu, aux sons de groupes de « Wôyô » et star du Zouglou. Ainsi voit-on régulièrement des concerts de Yodé et Siro, Les Garagistes, Espoir 2000. Au départ, l’Internat était l’affaire du chanteur Fitini. Quand la mayonnaise a pris, Aimé Zébié a fait appel à d’autres gros calibres pour y mettre le « feu ». Depuis lors, l’Internat est devenu le passage obligé. Footeux en vacances, Ivoiriens de la diaspora, amoureux de tout poil du Zouglou ont fait de cet endroit leur point de ralliement. Comme s’ils s’étaient passé le mot, de jeunes promoteurs Ivoiriens ont pris sur eux de doper l’offre, en ce qui concerne le Zouglou.
On peut citer entre autre Angelo Kabila, dépositaire du concept « Zouglou Days ».

Francky La Gova
Franck Govoei

Un concept qui lui permet de faire le tour du pays pour inoculer, annuellement, aux mélomanes, des décibels de Zouglou. Pour Fanck Govoei, autre « fou » du rythme, les Ivoiriens ont réussi à inverser la tendance. « Nous avons repoussé l’offensive de l’adversaire congolais. Désormais, ils savent qu’en face, il y’a ‘’garçon’’ ». Et d’ajouter avec une pointe de fierté ceci : « Le Zouglou est devenu une musique nationale, comme la Rumba congolaise. Il est désormais présent dans les grands galas de la république et les rencontres au sommet. Des orchestres Zouglou, comme Magic System, jouent devant le président de la république. Ce n’est plus du jeu. Aujourd’hui, rien qu’à Abidjan, on dénombre 15 orchestres qui pratiquent du Zouglou live ».
On le voit, une bagarre en sourdine fait rage entre orchestres ivoiriens et congolais dans les clubs abidjanais. Une situation qui renforce l’offre musicale. Si les orchestres congolais ont été les premiers à ouvrir les hostilités, les groupes Zouglou, piqués au vif, apportent, depuis un certain temps, la riposte à la rumba congolaise. Une façon d’assurer  l’équilibre de la terreur, face à l’activité de ‘ ‘l’envahisseur’ ‘ estampillé N’Dombolo.

Moses DJINKO

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